Une dose de vaccin ?

Publié le par Le maître des Bouviers

Voilà bien longtemps que je ne vous avais entretenu de mes pérégrinations littéraires.

Veuillez me pardonner mais il fallait que je m'occupasse de sujets hautement sensibles à mon coeur ces jours derniers, que je réglasse diverses questions d'ordre matériel, que je m'engageasse dans des combats donquicottesques aussi inutiles qu'exaltant, que je brossasse les Bouviers (ce qui n'est pas la moindre des obligations), bref que je vécusse une vie pleine d'angoisses et de bonheurs comme peut être une vie d'un électeur moyen, parfaitement anonyme, et se félicitant de l'être.

En somme mon ciel était, comme à son habitude, modérément serein, le soleil de ma félicité était obscurci de quelques nuages vivement poussés par le doux zéphyr de ma volonté implacable qui ne pouvait, nonobstant son implacabilité, empêcher d'autres fâcheux nuages d'attendre leur heure pour noircir mon horizon que je voulais, à l'imitation de tout un chacun, aussi limpide que radieux, les fourbes !

Rien de nouveau.
Quand, soudain, tout à coup, inopinément (ce n'est pas un gros mot !), sans crier gare, tout à coup, soudain, les mains gracieuses et néanmoins crevassées par le froid de loup qui règnent ces jours en nos contrés et qu'oncques ne vécut depuis des éons, de ma factrice déposèrent en ma boite à lettres un nuage d'orage et de désespoir.
Et de quelle taille !
Mon entendement en fût tout tourneboulé, brinquebalé dans les méandres visqueux et sinueux de la glorieuse administration Française, éberlué par l'incurie de dilettante de nos lumineux et gesticuleux ministres d'une république (n° 5) qu'on voudrait plus flamboyante mais plus économe de mon argent.
Mon bon et bel argent gagné, arraché, par ma sueur acide et corrosive dans les mines de sel du libéralisme triomphant au cynisme sardonique qui n'hésite guère à jeter les gens de peu dans les fournaises aliénantes de capitalisme sans foi ni lois.
Comme je vous dis !

Je décachetais alors la missive, la sueur froide de l'angoisse me coulait déjà entre les omoplates (superbes mes omoplates comme me le dirent ceux qui eurent le bonheur de les voir), mes yeux (vert sombre et concupiscents) s'apprêtaient à jaillir, tels deux lévriers à la poursuite du lapin, de mes orbites, mon coeur, mon pauvre coeur jadis et naguère déjà anéanti par d'innombrables chagrins, battait une chamade qui aurait fait passer la canonnade du Palais d'Hiver pour quelques pets de musaraignes, et je tombais prestement en syncope.
Ô Voltaire ! Ô Condorcet ! Ô Bakounine !
Ô mannes célestes et néanmoins laïques de ceux qu'animèrent les Lumières !
Venez à moi !
Venez défendre la vertu de vos descendants dévoyés !
Le poing crispé sur le poulet chiffonné, la veine de l'indignation saillant sur mon front d'habitude d'albâtre, je me précipitais pour crier mon indignation outragée à ceux qui voudraient bien l'entendre : vous !
C'est donc avec fureur que je tape présentement sur mon clavier qui n'en peut mais.

Car, le croirez-vous, la lettre émanait du ministère de la santé publique et de Mâme Bachelot qui m'enjoignait, dans des termes comminatoires, dans une langue approximative et grâce à un vocabulaire pauvre (si pauvre que l'on se demande si le rédacteur (la rédactrice ? Mâme Bachelot ?) n'a pas une idée insultante de la possibilité de compréhension du peuple auquel il (elle ?) s'adresse ?), de me faire vacciner contre la Grippe Hachanana.
LA Grippe !
LE Fléau Ultime !
LA Mort ! LES Pustules Létales ! LES Miasmes Mortifères ! LE Virus Assassin... et le nez qui coule !
Le ministre nous promet pis que la peste et le choléra, pis que les sept plaies d'Egypte et les hordes d'Attila réunies... et le nez qui coule !
Le Jugement Divin (pas moinsse !) de n'être pas de la coterie de ceux qui approuvent et défendent la politique du clan de l'uaimpé... et le nez qui coule !

Et cette plaisanterie m'a couté deux milliards d'euros (2 000 000 000 €).
Pour un résultat à peu près nul.
Deux milliards ! (2 000 000 000 € !!)

Je ne vais pas me faire l'historiographe de cette pantalonnade (vous connaissez tous l'incroyable déroulement de cette farce, y compris les possibles compromissions et prévarications des experts de l'oaimesse) mais sachez seulement que la missive ministérielle m'invitait à me présenter dans un centre de vaccination sis à quelques lieus de ma modeste résidence.
Les services des postes m'avaient diligemment porté ce courrier le 23 janvier.
Le centre de vaccination avait fermé ses portes la semaine précédente.

On pourrait alors s'écrier, comme le philosophe : "Sic transit gloria mundi !".
Oui, on pourrait.
En fait de "gloria" celle de Mâme Bachelot est singulièrement peccamineuse car, à tout le moins, empreinte d'une volonté trop enthousiaste pour notre santé et entachée d'un soupçon (selon l'opinion de certains) de collusion (involontaire pas crédulité ?) avec les fabricants du vaccin qui furent ses employeurs avant qu'elle ne se lançât, telle un poulet sans tête dans la basse-cour après une décollation, dans l'arène des fauves politiques, et de "mundi" que celle qui franchit les portes dorés des cabinets ministériels mais pas plus loin.
Soyons honnêtes avec Mâme Bachelot : elle a été abusée (?) et effrayée par des paroles mielleuses et apocalyptiques d'experts, elle a voulu, diaboliquement inspirée, mieux faire pour bien faire.
Soit !
Mais, pestebeleu ! Deux milliards ! Quelle prodigalité !
N'aurions-nous dû pas traiter cette petite et bénigne pandémie avec plus de mesure et de prudence ?
Avec un souci, harpagonesque, des deniers publics ?
Sans l'absolue certitude d'être dans le vrai et le bon, méprisant les mesures de nos voisins d'Europe qui allaient tous périr, faute de moyens déployés, dans d'affreuses souffrances... et avec le nez qui coule ?
Sans cette volonté, présidentielle (?), de faire mieux et plus que n'importe qui pour s'en gargariser d'aise ensuite face aux caméras ?

Ce qui me désole le plus ce n'est pas que nous ayons asséché les stocks mondiaux de vaccin, en accaparant 10 % des-dits stocks pour 1 % de la population de cette planète, et de Tamiflu à l'efficacité douteuse, mais bien qu'il est prévu de faire, dans les hôpitaux publics, des économies pour les rendre plus... efficaces.
Et ce en vertu de l'adage qui veut que l'on donne moins d'argent pour que l'organisation soit plus efficiente.
Car tout est une question d'or-ga-ni-sa-tion !
Qu'un patient meurt des suites d'une crise cardiaque dans une ambulance du SAMU faute de lit d'hospitalisation est un problème d'or-ga-ni-sa-tion, car il restait, aux dires du ministre (Mâme Bachelot) trois lits disponibles (3 !).
Trouver un de ces trois lits de réanimation n'était sans doute pas si difficile que cela ?
Trois lits de réanimation de réserve à ce moment là en Île-de-France.
Population de l'Île-de-France au 1er janvier 2007 : 11 598 866 habitants (source : INSEE).
Oui, oui, oui.

Il fallait donc, après cette désolante aventure, que je vous entretinsse d'un ouvrage propre à débonder le récipient où s'accumule les humeurs atrabiles.

"Troisième chronique du règne de Nicolas 1er"
Patrick Rambaud
Edition Grasset
13,30 €

Mais aussi :
"Chronique de règne de Nicolas 1er"
"Deuxième chronique du règne de Nicolas 1er"
Edition poche Lgf
4,75 € et 5,23 €

Comme un duc de Saint-Simon, Patrick Rambaud nous offre une chronique du règne de notre Omnipotent Président.
Que je vous le dise tout de suite, c'est furieusement bien écrit.
Le lecteur retrouve, avec une joie et un bonheur sans mélanges, le ton doucement ironique d'un courtisan d'ancien régime à qui on ne la fait pas.
Parfaitement à l'aise dans le pastiche (il en a commit plusieurs et de très bons), Patrick nous permet, avec un style flamboyant comme une contre-réforme, de rire, enfin, des avanies que nous fait subir notre Flamboyant Monarque.
Quel défouloir que cette plume là !
Car l'auteur, à l'évidence, déteste Nicolas 1er et sa détestation prend la forme d'une écriture faussement admirative et réellement acide, féroce et sarcastique.
Autre motif d'admiration, pour moi : une admirable maîtrise de l'imparfait du subjonctif que l'on voudrait plus courante chez les plumitifs de tous poils qui nous accablent de leurs avis verbeux.
Quand le pamphlet politique prend cette forme là, c'est de l'art.
Le talent de M. Rambaud nous rend les gaffes, bêtises, colères et ignorances de notre Sémillant Souverain plus ridicules encore qu'elles ne sont.
C'est une oeuvre de salubrité publique.
Et il y aura encore deux chroniques à venir, il faut bien finir le règne.

Le Maître des Bouviers.

dodo dessin
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