Les terroristes ? Des guignols ridicules ! Et des livres.

Publié le par Le maître des Bouviers

Je sais que ce blogue est, en principe, consacré à mes lectures et aux appréciations que j'en tire (peut-on me considérer comme un critique amateur ? Oui !), mais je ne peux m'empêcher de vous faire part des réflexions que m'arracha France Inter à l'écoute d'un journal matinal.

Que je vous décrive tout cela dans le détail.
J'ai pour (saine) habitude, après que j'ai pris mon p'tit dèj (café noir sans sucre, jus d'orange ou de pamplemousse, pain grillé beurré et confituré), de me nettoyer de fond en comble.
Je m'installe, voluptueusement, sous une douche brûlante, je m'y brosse les dents, m'y rase et y savonne consciencieusement ce corps qui fait rêver les foules ébahies.
Après quoi je m'oins d'onguents rares et précieux afin de retarder les effets entropiques du temps qui passe, je me coiffe soigneusement et me mire enfin pour juger de l'effet ainsi obtenu ; je ne voudrais pas décevoir les cohortes d'admirateurs bavant d'envie que ma mise m'attire.
Tout ceci me prend une ou deux heures et il faut bien, rien que pour vous soumettre mes réflexions, que je m'informe des nouvelles du monde.
C'est pourquoi j'ai une petite radio dans ma salle de bains qui est branchée sur France Inter.
C'est ainsi que j'ai appris, sur France Inter et dans ma salle de bains, qu'un terroriste avait tenté de faire exploser un avion transatlantique au moyen de produits chimiques qu'il portait à même le corps.
Fort heureusement cette bombe fit long feu alors qu'il tentait de l'allumer et, plutôt que d'obtenir une détonation catastrophique, le terroriste n'a réussi qu'à se brûler grièvement.

Ma première réaction : bien fait !
La deuxième : une réaction d'horreur en songeant que j'aurais pu être dans cet avion ou pire qu'un membre de ma famille, ou un ami, s'y trouve.
La troisième : j'ai ri.

Oui !
J'ai ri !
Pas d'un rire libérateur de tension que l'on a après une frayeur.
Non, non.
Juste un rire de foutage de gueule dont la cible était cet individu.

Il y a de quoi vous l'avouerez.
Ce couillon rate son coup, il prend feu, se prend une giclée de mousse carbonique dans la gueule, se fait maîtriser par des passagers qui le fiche à poil, et enfin se fait enfermer dans les chiottes de l'avion avant d'être cueilli par le FBI.
Imaginez la scène ! Il y a vraiment de quoi se pisser dessus !
Les commentaires de cet attentat raté me laissèrent néanmoins perplexe.
Comme si tous les intervenants sur Inter voulaient, à cet occasion, nous refiler la pétoche, encore plus devrais-je dire.
D'où ma question : ne devrions-nous pas nous foutre ouvertement de la tronche des terroristes de tout poils quand ils foirent leur coup ?
Est-ce que ce ne serait pas plus efficace, en tout points, que d'alimenter l'anxiété ?

Entendons-nous bien, il ne s'agit pas de minimiser le danger terroriste mais le but des terroristes est de nous faire peur et notre réaction quand ils commettent un attentat est la peur, attentat réussi... ou raté.
En d'autres termes, que l'attentat rate ou réussisse, les terroristes ont gagné !

J'aurais bien aimé qu'un des passager ayant maîtrise le fou furieux fût un producteur de foie gras du Sud-Ouest, truculent et jovial, et qu'il ait accordé un entretien à Inter :
"Inter : - Monsieur Truc, vous avez été de ceux qui ont empêché l'attentat. Comment cela s'est passé ?
Truc : - Oh, c'était facile ! On s'est bien marré !
- Ha bon ?!
- Ben oui ! Je vois le gus se lever, se triturer l'entre-jambe et prendre feu ! Avec mon voisin, un texan, on s'est tout de suite dit que c'était un salaud qui voulait nous faire sauter.
- Et alors ?
- Ben, le texan a prit un extincteur et l'a aspergé... bon, avant il lui a foutu un coup sur le nez avec, je crois. Moi, après, je l'ai ceinturé, je l'ai foutu à poil et on l'a mit dans les chiottes de l'avion.
- Vous n'avez pas eu peur ?
- Bof, non. Vous auriez dû le voir se tortiller comme un damné alors qu'il avait le feu au cul. A se tordre !
- Et ensuite ?
- On a demandé un bouteille de champagne à l'hôtesse et on l'a sifflé avec mon pote texan en se marrant comme des baleines.
- Et bien, merci, Monsieur.
- Je peux dire un truc ?
- Bien sûr.
- Pour les fêtes, demandez le foie gras "Jules Lespinasse", le meilleur du Périgord ! Jules Lespinasse, c'est moi !

Les terroristes n'ont pas peur de la mort mais... du ridicule, à telle enseigne que je suis persuadé qu'ils n'utiliseront jamais l'invention qu'ils ont mis au point.
Vous savez bien, la presse et les humoristes ont parlé de cette technique qui consiste à se mettre une bombe dans le... enfin... de s'enfoncer des explosifs dans le... pour que ce ne soit pas détectable, ils se font mettre, par un collègue délicat sans doute, un...
Oh et puis, flûte! ...un suppo explosif dans le cul !

J'imagine bien la scène :
"- Eh, Machin ! Tu as été choisi pour faire exploser un avion !
- Ah, ouais ! Cool ! Comment on fait ?
- Au suppo ! Baisse ton froc, penche-toi et tousse !
- Heu.. Je préférerais quand même une ceinture d'explosifs."

A crever de rire !

Bon, c'est pas tout ça mais il faut bien, puisque c'est la raison d'existence de ce blogue, que je vous parle de mes dernières lectures :

"Les réquisitoires du tribunal des flagrants délires"
Pierre Desproges
Édition du Seuil-France Inter
34 €

Où l'on se rend compte que la liberté de ton des humoristes n'est plus ce qu'elle était.
Il ne s'agit pas de dire que c'était mieux avant... mais... c'était mieux avant !
Les Coluche, Desproges et autres Prevost pouvaient dire à peu près ce qu'ils voulaient sans risquer de procès ou pire l'anathème des ligues de vertu, et quand bien même il y avait procès et anathème, ils savaient se défendre et se foutre de la tronche de ceux-là même qui voulaient les faire taire.
Et puis, quel style ! A lire Desproges on sent qu'il aimait jouer avec les mots, il savait quel puissance était dans l'écriture.
Faire mouche d'une phrase, clouer sa victime d'une formule, mettre, d'un mot,  le doigt où ça fait mal. Et appuyer, fort !
Pierre Desproges était sans pitié, féroce, acide.
La formule de Desproges "On peut rire de tout mais pas avec tout le monde" n'est, hélas, plus d'actualité. Aujourd'hui TF1, M6 et d'autres veulent nous imposer : "On ne peut rire de tout parce qu'il faut faire rire tout le monde".
Le degré zéro du rire.
Pierre Desproges me manque parce que rien n'était sacré pour lui ; religions, handicapés, pédés et lesbiennes, haines racistes et antisémite, guerres, dictatures, gros, moches, vieux...
Lisez ces "réquisitoires", par petit bout, le matin au café par exemple, cela vous mettra en joie pour la journée et vous verrez votre vie autrement.
Pierre Desproges est mort d'un cancer, il se savait condamné, mais il a quand même craché à la gueule de la mort, il lui a montré ses fesses. Pour nous faire rire.

"Le choeur des femmes"
Martin Winckler
Édition P.O.L.
22,80 €

Je suis très partagé sur ce dernier bouquin de Winckler.
D'abord le titre ; on sent qu'il y a comme un désir farouche de faire un jeu de mot à tout pris, pour montrer comme c'est spirituel, comme c'est amusant, d'en mettre un dans un titre de livre.
Oui, bof.
L'effet "coeur-choeur" est raté. D'abord parce que, même si le sujet du livre est les femmes (l'action se passe dans un service de gynécologie), la pertinence du jeu de mots n'apparaît pas. Comme ceux qui, répondant à "Comment vas-tu ?" par "...yau de poêle !", nous arrachent un quart de demi sourire compatissant.
A part ça l'intrigue est bien ficelée, à l'américaine, on entame les chapitres avec impatience pour savoir la suite de l'histoire.
 Les personnages ont une réelle épaisseur, on s'y attache (surtout le médecin-chef de service).
Une bonne histoire en somme et là où Winckler est très fort, c'est sa description de l'univers médical peuplé des meilleurs comme des pires ; le cynisme des chirurgiens, l'inhumanité de la machine hospitalière et l'immense espoir et honneur que portent les médecins et infirmières qui ne nous prennent pas pour des bêtes d'abattoir.
Martin Winckler à un réel talent d'écriture, je lirais son prochain bouquin, mais celui-ci ne restera pas parmi ses meilleurs.
Si vous ne le connaissait pas, lisez ce qui reste son chef d'oeuvre : "La maladie de sachs".

"Les coups tordus de Churchill"
Bob Maloubier
Edition Calman-Lévy
15 €

C'est d'abord la photo de couverture qui m'a séduite.
On y voit un Curchill, hilare, en costume de bandit (rayé mais avec néanmoins un noeud-papillon), le cigare au bec et une mitrailleuse (Thomson, je crois) dans les mains.
Le bouquin porte bien son titre.
C'est la biographie de Churchill sous l'angle des "opérations secrètes".
L'auteur s'y raconte aussi un peu puisqu'il faisait partie des services secrets.
Le plus drôle c'est qu'on se rend compte à quel point les "bidouillages" sont monnaies courantes dans ce que nous appelons "l'Histoire".
Car la lecture de ce petit bouquin est réjouissante quoiqu'un peu embrouillée parfois, les scénaristes de cinéma n'ont rien inventé dans le style espionnage et désinformation.
Churchill a crée des espions, à sa solde (et à celle de Sa Gracieuse Majesté), qui montaient des "coups" qui feraient passer James Bond pour un amateur et les films d'Austin Power pour du cinéma ultra réaliste.
Entourloupes, culot, audace et absence de scrupules, le tout dans la fumé de cigare et les vapeurs de whisky.
A lire.

Voila, c'est tout pour aujourd'hui. Bonne lecture.

Le Maître des Bouviers.

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