Le doute des certitudes.

Publié le par Le maître des Bouviers

Je ne sais pas vous mais j'ai toujours eu le sentiment d'avoir la certitude de douter.

Pas en politique, ni en philosophie ou encore, plus important, dans le choix de ma boisson de prédilection (j'en suis, je reste, je persiste avec l'obstination du morpion à tête-de-mule à boire cette romanée-conti 1961 qui fait mon délice grand et mon compte en banque petit) mais bien en ce qui tient à ce que les pédants appellent les "relations amoureuses".

T'en foutrais, oui, des "relations amoureuses".

D'abord il n'y en a pas "des" mais bien UNE !

D'autres diraient "rencontre".

Mouais.

Bof aussi.

Je n'ai pas "rencontré", j'ai trouvé.

Comment vous dire, à vous qui vous en fichez et vous avez raison, que je me retrouve dans la position des poètes qui ne sauront jamais, aucuns, depuis toujours et dans toutes les langues du monde, comment dire ?

Je n'ai pas trouvé mieux que de dire : j'ai le doute de ma certitude.

Le doute dans le sens de surprise. Et d'étonnement.

Surprise parce qu'inattendue, involontaire et depuis évidente.

Étonnement parce qu'inespéré, inconnu et... évident.

Dans toutes mes histoires (pas si nombreuse, je vous prie de croire que je ne suis pas un tombeur gominé et finalement crétin de shampouineuses neuro-déficientes) j'ai toujours su qu'il fallait que je doutasse de tout.

Pas de moi ; je sais être parfaitement sincère.

De l'autre ; craindre une mauvaise et définitive réaction à certaines choses qui font de moi un "étrange animal".

Chacun ses défauts bien sûr, ses (rares) qualités aussi mais à force d'être déçu, de décevoir pour de mauvaises et imaginaires raisons, on en vient à mettre le marché dans les mains de l'autre : je suis comme ça, à prendre ou à laisser.

Parfois, souvent, on laissait. On me laissait. J'affectais alors de croire au haussement d'épaules négligeant et moqueur qui me venait. Feindre aussi de croire aux phrases à la con du genre : "Une (ou un) de perdu(e), dix de retrouvés."

Bêtise sans nom puisqu'on ne peut perdre ce qu'on a pas trouvé.

La solution la plus simple ?

Sans doute de croire que le sexe sans engagement d'aucune sorte (y compris clandestin et donc sans enjeu) apportera une réponse.

Pas désagréable au fait. Jamais. Plus ou moins certes mais jamais catastrophique.

A force de cloisonner, de taire, on en vient, au mieux, à jouer un rôle, au pire à dissimuler.

C'est terriblement désagréable de dissimuler pour n'être pas déçu, pour essayer encore, pour voir si ça marchera ; c'est atroce de se surveiller, en paroles, en actes, pour ne pas choquer, pour ne pas déplaire, pour ne pas faire fuir une présence.

Je ne sais plus quel abruti a dit que le couple est une affaire de compromis.

Un âne bâté : quand on fait des compromis sur ce qu'on est, on en vient à se compromettre dans d'autres histoires que celle qui devrait.

C'est très étrange car, finalement, celles et ceux qui voulaient de moi me demandaient de leur mentir pour avoir l'impression de vivre avec un personnage phantasmé qui n'était pas moi.

Et ma saint mère m'a toujours dit que mentir, c'est pas beau !

En somme la vérité, la mienne, faisait fuir. Les gens veulent-ils donc qu'on leur mente ?

C'est bien possible. C'est dommage.

Alors...

 

C'est vrai d'ailleurs : alors ?

Alors : paf !

Paf comme "paf dans la gueule !" que peut faire une discussion nocturne sur le ouaibe et sur un site sur lequel je dis d'autres bêtises qu'ici.

Paf comme l'évidence qui frappe, comme l'aveu de l'attirance (parlerais-je d'amour ? Oui !), comme le désir de se voir, comme : "oui, tout de suite, maintenant, TGV, 1000 km, impatience et certitude... sans doutes."

Des projets ? Même pas. S'en fiche. On verra. Ce sera bien de toute façon.

Des compromis ? Non, non, non ! Enfin. Un peu moins de romanée-conti 1961 probablement mais pas plus que ça.

Devenir cucu-la praline ? Bin... un peu quand même !

Aimer les mêmes choses ? Oui, parce que c'est vrai sauf ce détestable Paris et peut-être d'autres petites choses sans importances comme... ce détestable Paris.

Avoir les même goûts ? Brent et Angie (presque Angie... pas tout à fait Angie).


Et le cadeau d'un rire.

 

Voilà, tout ça pour vous dire que la Garonne limoneuse scintillait d'or couchant alors que le train passait sur le pont l'enjambant et que je pensais à elle.

Que j'aurais aimer laisser couler dans ce modeste fleuve (parce que le Rhin est orgueilleux !) les regrets et les remords.

Regrets de partir et remords de le faire mais ils portent en eux la certitude et la promesse, alors je les garde.

Tiens ! Je ne lui ai pas dit combien j'aime les trains. Détestai-je celui-là ? Même pas, il allait juste dans la mauvaise direction... qui sera la bonne si elle vient... ou pas... en train, je veux dire.

Chic alors ! Je l'aime !

 

"C'est une étrange chose à la fin que le monde"

Jean Lefebvre d'Ormesson (de l'Académie Française)

Éditions Robert Laffont

21 €

Durée de lecture : une nuit

 

Que voulez-vous que je vous dise ?

Comme à chaque fois avec Jeannot (Oui, je l'appelle Jeannot. Nous nous connaissons depuis tellement longtemps que je me permets cette privauté.) je me fais avoir.

Pas que ce soit un mauvais écrivain. Pas du tout. Il fait partie de ces écrivains moyens qui ne laisseront pas dans l'histoire de la littérature un souvenir impérissable.

Tout juste un nom sur la liste des académiciens de quelque et modeste renommée.

Et ce n'est pas moi qui le dis, c'est lui-même.

Cela dit est-ce que ses bouquins et celui-là en particulier sont bien écrits ?

Oui.

Il serait d'ailleurs étonnants qu'il en fût autrement, il est quand même académicien français...

Quoiqu'il me soit arrivé de lire des choses épouvantables de la part d'une ou deux de ces vielles badernes.

Est-ce qu'il y a un "style Jeannot" ?

Mmmmoui ! Tout juste. Nous ne sommes manifestement plus aux temps de "La gloire de l'Empire" ni même de son roman phare "Au plaisir de Dieu" mais il reste quelque chose de ce plaisir évident dans l'écriture, de ce bonheur de raconter des histoires.

Bien que ce bouquin soit intitulé "roman", il reste que c'est plus une sorte de compilation des obsessions de Jeannot (Dieu, métaphysique, bouddhisme, passage du temps, etc.) écrite dans une langue plaisante comme une agréable berceuse.

Est-ce que c'est un "grand Jeannot" ?

Non.

Non parce que c'est le même que le précédent... et que le précédent... et que le précédent.

Le précédent d'ailleurs (je ne me souviens plus de son titre... pas grave, c'est le même bouquin) offrait un intérêt puisqu'il commençait l'ébauche d'un début de critique (un petit peu acide et sans complaisance) de Chateaubriand et même qu'il commençait aussi de trouver quelques qualités à Talleyrand.

Bon !

Avec tout ça, faut-il lire ce livre ?

Mais oui, voyons !

Parce que Jeannot est comme le vieil oncle que l'on va voir dans sa campagne un fois l'an et qui, une fois l'an, nous raconte les mêmes histoires que l'on connaît tous par coeur.

Quand on referme le livre on se dit, comme pour le vieil oncle, que Jeannot est un peu gâteux, qu'il radote mais qu'on a eu plaisir à le voir... et qu'on a plaisir de partir.

Jusqu'à l'année prochaine.

L'année prochaine où il sortira le même livre et où moi je ferais un copié-collé de cette critique.


 

"Voyage présidentiel"

Pierre-Jean Rémy (de l'Académie Française)

Éditions Seuil

21 €

Durée de lecture : 2 jours

 

Un autre académicien.

Je n'ai pas fait exprès, c'est venu comme ça.

Que je vous le dise tout de suite : il y a un peu plus de relief dans ce livre que dans celui de Jeannot.

L'effet de surprise sans doute et l'originalité de l'histoire : un ex-président de la République, vieux et malade, entreprend de faire un (dernier ?) voyage, celui qu'a fait la croisière jaune Citroën.

Durant ce voyage à travers l'Orient et jusqu'à Pékin il dictera ses impressions, dira ses souvenirs, ses regrets et ses fiertés.

Le ton est très... mitterrandien. Et pour cause : dès les premières phrases on retrouve le ton qu'avait Mitterrand pour assassiner d'un mot un fâcheux ou un ridicule.

Pas tout à fait d'ailleurs puisque je n'imagine pas François Mitterrand dire "Basta !".

Mais enfin, ne boudons pas notre plaisir car c'est réussi. L'usage de pseudonymes n'est pas gênant, on abandonne très vite le rapport qu'il peut y avoir entre un ministre de la culture qui s'appelle "Bling" et un autre... un vrai.

On se retrouve alors dans ce 4 x 4 présidentiel qui sillonne les routes d'Irak, d'Afganistan et de Chine autour duquel gravitte ce qui reste de courtisans qui ont profité de l'aura d'un président de la République Française et qui ne souhaitent qu'une chose : qu'enfin il leur fiche la paix et meure.

Bin, non. Il va les faire braire jusqu'au bout. Le bout du livre en tout cas n'est pas une fin, mais je ne vous en dirais rien.

C'est délicieux comme du Mitterrand : acide, amère (parfois), furieusement intelligent, de mauvaise foi, d'une culture folle et d'une allure princière.

J'ai toujours considéré François Mitterrand comme un prince italien, le bouquin de l'académicien en fait la preuve.

 

"Histoire du snobisme"

Frédéric Rouvillois

Éditions Champs Histoire (Flammarion)

10 €

Durée de lecture : 2 semaines

 

Vous pourriez vous demander : "Mais pourquoi Diable, Lucifer, Astaroth, Asmodée, le Maître des Bouviers lit-il des incongruités pareilles ?"

Parce que, vous dirais-je alors, la collection "Champs" chez Flammarion est sacrement bien fichue, qu'elle traite de sujets aussi passionnants qu'improbables comme "L'invention du mètre" (Vous en aurais-je parlé ? Peut-être bien.) et qu'on arrive pas à lâcher le sujet.

Il faut cependant lire ces petits bouquins (pas si petits d'ailleurs, il y a quand même presque 500 pages) par morceaux, petit à petit, pour en savourer toute la moelle délicieuse.

Le bouquin en question traite donc du snobisme depuis l'Ancien Régime jusqu'à nos jours et c'est très amusant et on apprend plein de choses. Par exemple le snobisme à la particule qu'on croit nobiliaire, ce qui n'est évidement pas le cas : il y a des familles nobles et multi-séculaires qui ne portent pas de particule et d'autres qui en portent et qui sont nobles comme le dernier des pouilleux (un ancien président de la République par exemple).

Je suis, bien sûr, dans le premier cas, qu'est-ce que vous croyez !?

Il y a d'autres formes de snobisme qui apparaissent au fil du temps comme le snobisme aux décorations par exemple, ou les clubs, etc.

Le plus amusant c'est qu'on se moque de ces "précieuses ridicules" quand, soudain, au détour d'une page, on se reconnaît.

C'est très savoureux et je me pose la question : l'auteur n'est-il pas le pire des snobs d'avoir écrit une histoire du snobisme et feindre de s'en moquer ?

Peut-être bien.

A lire en tout cas.

 

"Les contes de crimes"

Pierre Dubois

Éditions Folio poche

6,50 €

Durée de lecture : 2 heures

 

A ne pas lire aux enfants.

Même si ces contes nous parlent de Cendrillon, de la Belle au bois dormant, de Peter Pan, ou du Petit Chaperon Rouge.

Parce que Cendrillon est une dangereuse obsédée sexuelle, la Belle subit les pires sévices de la part du Prince Charmant, Peter Pan un tueur parfait et le Chaperon Rouge une gamine sanguinaire.

C'est féroce, c'est grinçant, c'est du polar gore chez Oui-oui et c'est furieusement drôle.

Ce n'est absolument pas politiquement correct et Shreek est une aimable bluette à diffuser dans les patronages intégristes.

C'est du Tex Avery sous amphétamines et sans tabous. Le contraste est réjouissant entre ces personnages de Walt Disney et ce qui leur arrive : meurtres, délires sado-maso, sévices sexuels et j'en passe.

J'ai toujours cru que les contes pour enfants avaient une violence contenue, ce qui est vrai, mais avec une utilité catharsique puisqu'un enfant qui a peur dans un conte apprend à gérer sa peur dans le réel. C'est utile.

Ce bouquin ne sert à rien sinon à se foutre de la tronche de ce qu'on considère aujourd'hui comme des niaiseries pour les mômes, mais aussi à se fiche de nous même.

Est-ce du mauvais esprit ?

Oui.

Est-ce horrible et choquant ?

Oui. Et c'est ça qui est bon !

J'aime bien les auteurs qui ne respectent rien, qui osent des horreurs avec ce second degré si nécessaire à nos sociétés où tout est prit (trop) au sérieux.

Il ne manque que deux personnages à cette galerie de la Cour des Miracles version Royaume Enchanté : le Père Noël et Jésus. Le Père Noël en pédophile sanglant et Jésus en avocat véreux, la galerie eût été complète.

A lire... pour ceux qui n'ont peur de rien.

 

"Dictionnaire des mots du sexe"

Agnès Pierron

Éditions Balland

35 €

Durée de lecture : une vie

 

Oui, hé, ho !

Ça va, hein !!

Oui, je suis un affreux libidineux, gras et podagre, baignant dans le marécage fangeux du stupre débridé.

C'est une affaire entendu : je suis un obsédé sexuel.

Et alors ?

Cependant...

Si vous ne deviez avoir qu'un seul dictionnaire chez vous (en plus du Larrousse et du Petit Robert (On se demande ce qu'ils peuvent bien faire ensemble d'ailleurs ? Et ce que ce petit Robert peut bien faire de ceux de cette rousse ?)) ce serait bien celui-là.

Il y a des dictionnaires pour tout et rien, des plus utiles aux plus idiots, et, bizarrement, rien sur le sexe.

C'est chose faites avec cette somme, ce monument, cette péninsule de savoir.

C'est simple, il y a tout.

Tout ce qu'on peut dire sur le sexe ; la chose, l'endroit, l'usage qu'on en fait.

Des simples mots jusqu'aux expressions, comme : se taquiner le hanneton, la salle jeu, faire le chapeau du commissaire, passer à l'étamine, avoir une poussière dans la flute, une descente à la cave, s'accrocher au lustre...

Vous ne savez pas, pauvres ignorants, ce que ça veut dire ? Investissez 35 € et jouissez, votre vie durant, d'un savoir à nul autre pareil.
Vous éblouirez le Nonce et sa Noncette lorsqu'ils viendront prendre le thé.

Je décrète qu'il faut, de toute urgence, décorez Mme Pierron de la Grand Croix de la Légion d'Honneur.

Cette admirable femme sauve l'esprit gaulois et la gloire française d'une décadence autrement inéluctable, nous n'étions plus qu'une nation de second rang (troisième même, peut-être), nous revoilà au firmament de la puissance d'évocation guerrière dans les combats de l'amour (des combats où il faut parfois perdre pour gagner), nous accédons derechef à cette orgueil millénaire qui sauve les plus glorieuses civilisations : la fesse, nous stupéfions à nouveau le monde et l'univers par le cul !

Et c'est tant mieux parce que les pisses-froid et les coincés du derrière veulent diriger le monde, qui ne deviendrait, sans nous, qu'un vaste champ de ruine des sensations délicieuses (et gratuites !).

Mais nous saurons, ce livre en bouclier, nos... heu... machins à la main (pour les hommes), la poitrine orgueilleuse et conquérante fièrement dressée contre les hordes barbares (pour les femmes), bouter les fielleux hors des frontières du plaisir sans fin et consenti.

Achetez ce dictionnaire et vous sauverez le monde !

 

 

Belles et bonne lectures

 

Le Maître des Bouviers

 

kestuveu dessin

 

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Numéro 5 02/09/2010 16:11


Oui, tu es comme ça : un étrange animal, tellement bon à prendre...que j'ai tant de mal à te laisser...Chic alors. Je t'aime aussi!