La Langue Française, Môssieur !! (2)

Publié le par Le maître des Bouviers

(...)
J'entends déjà, ou encore, le choeur sanglotant et larmoyant des tenants de l'approche pragmatique et vaguement populiste (de droite ?), de la simplification de la grammaire.
Et pourquoi pas, disent-ils, la langue française est un brouet sans logique, sans cohérence,  d'exceptions à la règle, d'accords du participe délirants, de pluriels incompréhensibles sur des noms composés.

Je m'autorise à dire à ces pisse-froid, à ces jean-foutre, que, précisément la beauté de notre langue réside là-dedans, dans ce joyeux foutoir plein de folie. Et je préfère la folie, même furieuse, au conformisme.
Que veulent-ils, un idiome sans relief, sans goût, sans accents ? Ils sont à la langue ce que le fast-food est à la gastronomie.

Simplifions ! Simplifions !

Chiche !
Vous connaissez tous la fable de l'inoxydable Jean de La Fontaine (dit Jeannot les Grands Panards), le corbeau et le renard :

Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l'odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :

Hé, bonjour, Monsieur du Corbeau,
Que vous êtes joli, que vous me semblez beau,
Sans mentir, si votre ramage
se rapporte à votre plumage

Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois
Etc.
 
Vous êtes prêts, accrochez-vous à vos bretelles, voici ce que ça donne :

Mètr Corbo, sur un arbr pèrché,
Tenè en son bec un fromaj.
Mètr Renar, par l'oder aléché,
Lui tin a peu prè se langaj :

É, bonjour, mesie du Corbo,
Ke vou èt joli, ke vou me senblé bo,
Sen mentir, si votr ramaj
se raport a votr plumaj

Vou èt le fénix des ot de cé boi

C'est insupportable ? Vous avez raison. Et encore j'ai gardé certaines conventions comme la ponctuation. Très importantes les virgules en littérature. Faites donc la différence entre : "Messieurs, les Anglais, tirez les premiers !" et Messieurs les Anglais, tirez les premiers !"
Dans le premier cas l'officier commandant la troupe veut la victoire, dans le second c'est un con.

Doit-on pour autant, concernant la grammaire, stigmatiser ceux qui ne la maîtrise pas ? Qui d'ailleurs en France la maitrise sur le bout des doigts ? Pas grand monde, y compris à l'Académie Française. Le vainqueur, toutes catégories confondues, de la dictée du regretté Pivot était souvent un étranger.
S'il fallait confirmer dans leur nationalité les bons Français de France, de souche, pas trop foncés, qui ne font ni bruit ni odeur, en leur faisant passer les tests de français que veut faire passer M. Besson aux demandeurs de la nationalité (pour les demandeurs d'asile c'est d'ores et déjà rapé ! Ils sont dans des charters direction des pays en guerre.), il n'y aurait plus en France que les prof de Lettres.
Et encore.

Bien sûr qu'il ne faut pas culpabiliser ceux qui ne maîtrise pas la langue, ce n'est pas leur faute. Mais il faut reconnaître qu'il existe des handicapés linguistiques, des culs-de-jatte orthographiques, des aveugles grammaticaux. Il en est même qui ne savent pas lire du tout. Et ça ne déclenche pas des tonnerres d'indignation ! On n'organise pas de débat national sur le sujet, on préfère gloser à l'infini sur l'Identité Nationale dont les remugles sont délétères à force d'être nauséabonds !
Cela me dépasse.

Je ne suis pas militariste (je suis assez vieux néanmoins pour avoir fait mon Service Militaire) mais, du temps de la conscription, les illettrés et les analphabètes étaient repérés et envoyés, le temps nécessaire, à l'instruction (sous la férule d'un adjudant le plus souvent idiot) et en sortaient en sachant lire.
Mal peut-être mais ils savaient !

Vous imaginez-vous votre vie si vous ne saviez pas lire ? Essayez voir et vous constaterez que c'est infernal.

(...)

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