La Langue Française, Môssieur !! (1)

Publié le par Le maître des Bouviers

Avez-vous constaté, ô lecteurs assidus, combien, depuis quelques années, il y a comme une frénésie du "bien parler" et du "bien écrire" alors que dans le même temps les cassandres professionnels nous promettent, à grand renfort des statistiques édifiantes sur l'état de déliquescence de nos chères têtes blondes (ou de toute autre couleur de cheveux qu'il vous plaira d'imaginer) en la matière, la mort prochaine de notre idiome commun.

Autant vous le dire tout de suite : je fais de phôtes de frassaies si aiphroyabes keu mon défin profe de laitres en mourrè danlinsse tant.
Mais par la grâce de Monsieur Microsoft, nous disposons tous d'un outil de correction épatant qui nous signale, impitoyablement, nos fautes de grammaire et nous suggère d'y remédier même s'il m'est arrivé de le prendre en défaut .
Il faudrait que ce bienfaiteur de l'humanité (Monsieur Microsoft) inventât un logiciel de correction pour le langage parlé, nous y reviendrons plus loin avec le florilège de ce qui m'écorche les oreilles.

je dois vous faire un aveu : le sujet est si vaste, les polémiques si nombreuses, les avis si partagés, l'opinion que nous pourrions nous forger, si changeante au gré des arguments contraires qu'il me faudra sans doute plusieurs articles, aussi bien troussé que celui-ci, pour faire le tour de la question.

Le français parlé et écrit est une sorte d'objet mal défini, si mal défini qu'on ne sait par quel bout le prendre.
Nous avons tous, lors de déjeuners dominicaux et familiaux, passés des heures à discuter de la chose sans pour autant nous défaire du sentiment qu'a une poule devant une fourchette.

Je m'en vais donc ("je m'en vais ou je m'en va ; les deux se disent ou se dit !", disait cette adorable vieille ganache de Voltaire) tenter de défaire cette infernale pelote en vous parlant de deux petits livres qui éclairent, un peu, notre entendement.

D'abord :

"La grammaire, c'est pas de la tarte"
Sylvie Prioul et Olivier Houdart
Éditions du Seuil
13,78 €

et :

"Particularités et finesses de la langue française"
Pascal-Raphaël Ambrogi
Éditions 10/18
environ 7 €

Le premier est un ouvrage très amusant, didactique néanmoins, sur le français qui, une fois lu, d'une traite et en une nuit pour ma part, vous laisse comme euphorique et déterminé à ne plus faire de fautes.
Il se compose de différents chapitres qui permettent de survoler le français dans sa globalité : les origines historiques, les écueils courants et l'évolution.
Jugez plutôt :
- La naissance du français
- Masculin, féminin
- Singulier, pluriel
- L'accord du participe
- La majuscule
- Écrira-t-on bientôt comme on parle
- l'orthographe

L'on se rend compte grâce à ce bouquin que notre belle langue, si pure, si parfaite, si élégante, n'est rien d'autre qu'un immense bazar où tout le monde, depuis son invention, a voulu mettre son grain de sel au risque, constaté aujourd'hui, que absolument plus personne n'y comprenne rien, y compris les linguistes et les académiciens français à qui je voue une admiration sans bornes, notamment Jeannot.
Le chapitre sur l'accord du participe est un monument et le dernier chapitre (sur l'orthographe) m'a remis en mémoire l'astuce dont j'usais, comme nous fîmes tous, lorsque je devais, en classe, faire une dictée : le pâté sur un mot dont l'orthographe m'échappait.
Malgré cela, et sans surprise, je me récoltais une bulle ! La terreur qui nous nouait les entrailles lorsque le prof disait : "Dictée surprise !", dans son oeil l'éclat salace du sadique et sur ses lèvres la bave luisante du plaisir anticipé de la correction. Il m'en arrivé, je vous jure que c'est vrai, de quérir la permission d'aller aux toilettes pour vomir de peur.

Le deuxième est beaucoup plus conservateur, dans le fond et dans la forme parce qu'écrit par un sénateur UMP (personne n'est parfait).
Il se présente sous la forme d'un dictionnaire de mots qui posent problème et nous ordonne d'user des règles immuables et sublimes du français. C'est un peu moins drôle (pas du tout en fait) mais c'est une somme, on apprend une quantité de choses comme le genre de "gens" par exemple qui m'a permit, il y a peu, de briller dans un dîner où était présent le Nonce Apostolique et sa Noncette.
La lecture est un peu rébarbative mais, après tout, personne ne lit le dictionnaire comme un roman.
Un exemple ? Voici. Vous rencontrez, lors d'une soirée, une belle qui vous tourneboule les sens. Elle, fatalement aveuglée par l'alcool, vous permet quelques privautés. Vous souhaitez conclure et pécho. Pour cela vous lui faites parvenir un poulet ainsi rédigé : "Ma mie, votre beauté et votre charme ont conquis mon coeur. J'aimerais croire pouvoir devenir votre chevalier blanc, votre Lancelot aux intentions pures et vertueuses (N.d.A : tu parles, Charles ! C'est de la baise que tu veux. Vicieux !). J'aimerais que vous acceptassiez mon hommage ce soir, sur votre balcon, si vous consentez que je vous offre une mienne aubade, de dessous votre balcon.".

Pas mal, hein ? Et même un imparfait du subjonctif.

Et que vous répond la belle aux formes tentatrices et plantureuses ?
Ceci : "Nenni, trouduc ! Vous aurez les miennes miches quand vous userez d'un langage par moi intelligible, ducon !".
Mortifié, abattu, les sens chauffés et insatisfaits, vous vous pendez de dépit.

Mais pourquoi, ô maître des Bouviers omniscient ? Vous dites-vous.
Parce qu'une aubade se chante... à l'aube. Et une sérénade... le soir.
 
Voila ce que l'on trouve dans ce livre de poche, avouez que ça peut servir.

Bref, pour rentrer dans la vif du sujet, chacun, et moi le premier, peut se demander à quoi bon faire des efforts quand un linguiste aussi distingué que Claude Hagège (qui a écrit je crois un "Dictionnaire amoureux des langues"), qui parle une douzaine de langues, qui aurait sa place à l'Académie et qui se permet, sur une grande radio nationale et d'Etat, de dire, aux oreilles de millions de personnes :"Je m'excuse.".
Et ce plusieurs fois.
Ma sainte maman, quand j'usais de cette forme fautive me reprenait (j'avais deux ans) en me disant : "On ne s'excuse pas soi-même de la bêtise que l'on vient de commettre. Mais JE t'excuse de la bêtise d'avoir cassé le vase en porphyre rouge de la tante Léonie et de ta faute de français.".
Monsieur Hagège, qui, cependant, garde toute mon estime, aurait dû dire : "je vous prie de m'excuser." ou "Pardonnez-moi.".
Même la formule "Faites excuses." si faussement élégante par sa désuétude est mal à propos utilisée par les pédants ; "Faites excuses de vous déranger.", disent-ils dans le cornet du téléphone quand ils veulent me vendre des moulins à café à vapeur de fabrication malgache. Ce à quoi je réponds invariablement : "Pardonnez-moi votre incorrection et vos fautes de français.", ils sont alors si transpercés de honte, si subjugués par ma pertinence qu'ils tombent en syncope ou dans le coma.

Bien fait !

À quoi bon, donc.
Oui, c'est vrai.
À quoi sert de savoir que charrette prend deux "r" et deux "t" alors que chariot un seul de chaque.
À quoi sert de savoir qu'un cuisseau de veau est la même pièce de boucherie qu'un cuissot de chevreuil mais pas la même orthographe.

La réponse évidente est celle qui je donnais à la question de l'épreuve de philo du bac : "À quoi sert la littérature ?" : à rien. (17/20, j'ai néanmoins développé)

À rien sinon à le savoir et, le sachant, éprouver une grande satisfaction purement égoïste.

(...)

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