L'immonde escroquerie du savon liquide.

Publié le par Le maître des Bouviers

Ce matin, encore quelque peu ensommeillé comme à mon habitude, la tête pleine de mes rèves de gloire littéraire et académique (oui, je fais uniquement des rèves où je deviens académicien ou alors des rèves érotiques torrides et je m'en souviens toujours avec beaucoup de précision, c'est pratique car ainsi j'ai déjà en tête tout mon discours de réception sous la coupole mais, chose étrange, les deux sortes de rèves ne se mélangent jamais.

Pourquoi, je ne sais ?

L'habit vert (bleu marine en fait) est pourtant très érotiquement chargé), je me proposai, donc, comme à mon habitude, donc, de me laver les mains.
Oui, je sais, il est un peu étrange que la première chose, le premier rite auquel je sacrifie le matin, soit de me laver les mains.
Je vous dirais, donc, qu'il y a des tics, tocs, pires que celui-ci.
Bref, j'appuyai, donc, sur le poussoir du distributeur de savon liquide quand, soudain, tout à coup, inopinément (non, ce n'est pas un gros mot), à brûle-pourpoint, soudain, tout à coup, donc, je tombai en arrêt, tel le faucon pèlerin voyant sa proie en plein vol (oui, oui, OUI ! L'image est bancale et inappropriée mais je fais ce que je peux !), devant une évidence :
J'étais un idiot !

Que je vous explique : il ne m'arrive quasiment jamais de me traiter de la sorte, de m'invectiver de cette façon, de me lancer en pleine visage de tels noms d'oiseaux (mais comme je suis déjà un faucon, il y a une certaine cohérence dans le propos), sauf quand ma bêtise crasse me saute aux yeux avec l'évidence du lait sur le feu (???).
Car, au rebours de mes admirateurs béats qui ne sauraient, en aucune façon, trouver rien à redire sur moâ, je me reproche parfois de céder aux sirènes hurlantes et tentatrices des publicitaires avides de mon bon argent et de cocaïne.
Je l'avoue, à ma grande honte, je succombai, voilà peu, aux arguments fallacieux d'une réclame télévisuelle et achetais, chez Monsieur Auchan (drôle de nom d'ailleurs, ces temples de la consommation n'ont rien de champêtre) une fort laide et inélégante petite bouteille de savon liquide qui affiche, sur son devant, son appartenance à une cité du sud de la France qui commence par Mar et se finit Seille.
L'image collé sur cette bouteille est, d'ailleurs, singulière et quelque peu incongrue, puisque on y voit un petit garçon, en bermuda, et polo rayé assis sur un rebord de fenêtre impossible.
J'aime bien ce genre d'expression "fenêtre impossible"... enfin vous voyez ce que je veux dire, sinon vous pourrez le constater lors de vos prochaines emplettes chez M. Auchan... ou Leclerc... ou un autre, mais qui ne vous délestera pas moins de votre bon argent.
"Mais !" me dis-je in petto, tout au fond du tréfonds de l'intérieur du dedans de moi-même, "Mais !", donc, "Mais ! Tu es un idiot ! Pourquoi diable as-tu, avec une inconséquence qui ne t'est pourtant pas coutumière, avec cette absence de sens critique qui caractérise les voyeurs (autre nom de ces téléspectateurs là) de TF1 ou de M6, avec cette inconscience du canard ou de l'oie qui se réjouit, au mois de décembre, qu'on lui donne encore à manger, avec cette prodigalité inepte qui ne se rencontre que chez les hauts fonctionnaires du ministère de la Santé mais c'est pas leur pognon alors i' s'en fichent, acheté cette accessoire de salle de bains aussi inutile que dispendieux.
Je reviendrais sur l'utilité de la chose, mais sachez tout d'abord qu'il me fallût me délester de plusieurs euros pour acquérir l'objet en question, mettant ainsi en péril mon (trop) maigre budget et me forçant à manger des nouilles sans beurre ni sel durant de (trop) nombreux repas.
Peste !
Foutre-dieu !
Putevierge !
Morbleu !
Et pourquoi ?
Hein ?
Pour briller dans les dîners en ville, le Nonce à ma droite et sa Noncette à ma gauche ?
Même pas !!!
M'imaginez-vous répondre au Nonce (la Noncette ne dit jamais rien) qui m'entretient (oui, oui, verbe "entretenir", troisième personne du présent avec un "t" final !) du schisme moldo-bulgare au XIIème siècle : "Oui, mais moi j'ai acheté un distributeur de savon liquide et il me fait bien de l'usage !" ?
J'aurais l'air ridicule et rien de pire qu'être ridicule, les gens sont si méchants qu'il seraient bien capable de me resservir cette saillie indigne de moi pendant des années.
Ben, non, quand même.
Les distributeurs de savon liquide sont à usage privé comme les sex-toys... encore qu'il arrive, à l'occasion d'une visite, que je permette à des amis d'user de cette objet après qu'un besoin urgent leur a tordu les entrailles... enfin je suppose qu'ils en usent... j'espère... faudra que je leur demande. Quant aux sex-toys (j'en ai une impressionnante collection), aucune des mes amies (ou amis, ne soyons pas prudes au point de croire que les hommes n'utilisent jamais de sex-toys... sur eux) n'a jamais demandé la permission d'utiliser mes instruments parce que ça urge... encore que je ne vois pas en vertu de quoi je refuserais qu'elles me les empruntassent.
Mais je m'égare.

Le distributeur de savon liquide, donc.
Immense escroquerie ! Hénaurme !!!

"Mais pourquoi, ô Maître des Bouviers si sagace ?"
Voilà le question que vous vous posez.
Parce que les escrocs, les malfaiteurs, les vilains, les infects qui produisent ce substitut de l'honnète et séculaire savon solide, vous... nous... me vendent... tadada !
Suspens !
Angoisse intolérable de l'attente !

De l'eau au prix du savon !!!

C'est pas fortiche, ça !
Il faut quand même avoir une certaine (ça veut dire beaucoup) dose de perversité pour oser faire une chose pareille.
Car, cela ne vous aura pas échappé, il faut, pour faire du savon liquide, ajouter de l'eau au savon solide !
Et qui marche dans la combine, innocemment ignorant de l'intolérable scandale ?
Nous !
Nous, le peuple crédule travaillant, suant sang et eau, quotidiennement pour assurer notre maigre pitance, ruminant des sombres pensées alors que le métro (ou le bus, ou le tram) antédiluvien nous transporte poussivement sur des chemins caillouteux et ornièreux vers notre lieu de torture où des contre-maîtres sadiques, petits chefs inféodés au grand capital, nous ferons trimer tels des ânes souffreteux et phtisiques à coups de knout et d'injures sous la lumière blafarde des néons arrogants des ateliers concentrationnaires des banlieues industrielles stériles et empuanties des miasmes délétères vomis par les cheminées triomphantes.
Faut-il que nous soyons nouilles !

Et encore, si le savon liquide apportait à l'humanité le nécessaire supplément de bonheur que les philosophes cherchent depuis des éons.
Nenni !
Balpeau !
Nibe !
Queue de chie et peau de zob !

Pouvez-vous me dire quelle est l'utilité de se laver les mains (pour ne point attraper le grippe Hachanana et, comme nous le dit Mâme Bachelot, mourir dans d'atroces souffrances, pustuleux, contagieux et donc abandonné de tous, y compris des Soeurs de la Perpétuelle Indulgence qui en ont pourtant vu d'autres) avec du savon liquide.
Qu'on se le dise, urbi et orbi (en dedans et en dehors), le savon solide pourvoit fort honorablement aux besoins qui sont les nôtres en matière de savon.
Point n'est besoin, donc, que nous nous lavassions les mains avec cet ersatz.

D'autant qu'à l'usage il y a comme un défaut.
Que je vous explique derechef :
Lorsque vous appuyez sur la petite pompette pour que l'engin vous accorde votre noisette de savon, vous avez non seulement placé votre main (gauche ou droite, je m'en fiche. Vous faites ce que vous voulez de vos mains) sous le bec de la susdite pompette pour que ladite noisette de savon n'atterrisse point dans la vasque (faut pas être totalement idiot quand même) où il serait fort difficile de la récupérer, mais vous avez aussi, déjà, ouvert l'eau.
Or, quand vous avez votre noisette au creux de la main (si vous avez les noisettes au creux de la main de quelqu'un d'autre c'est que vous n'êtes pas en train de vous lavez les mains), votre mouvement naturel est de placer la main (et l'autre, ne faisons pas les choses à moitié) sous l'eau.
Et que se passe-t-il à ce moment ?
Oui ! J'en vois un qui opine violemment du chef ! Il connaît !
La noisette, profitant du jet d'eau, glisse sur votre paume et s'enfuit par l'écoulement, là où vous n'aurez plus aucun espoir de la récupérer même avec la meilleure volonté du monde.
Que je vous le dise, franchement, droit dans les yeux, avec certitude : c'est voulu !
L'idée a germé dans l'esprit pervers d'un producteur de savon (le père du petit garçon de tout à l'heure ?) insatisfait de ses ventes de savon solide !
Comment faire pour que nous consommions plus de savon ?
En nous le faisant gaspiller.
Car lorsque cette mésaventure vous arrive, et malgré la frustration et l'énervement que cela procure, vous recommencer l'opération.
Plus de savon consommé (et plus d'eau, y aurait-il collusion entre marchands de savon et marchands d'eau ?) égale plus de chiffre d'affaires... plus de bénéfices... plus de stock-options... plus de yachts sur la Côte... plus de prostituées Ukrainiennes autour de la piscine olympique de la villa (600m²) du Cap-Nègre (Tiens ! Tiens ! Tiens !).

J'entends l'objection de certains qui croient faire preuve ainsi de vivacité d'esprit : "Oui, c'est vrai, ô sublime Maître des Bouviers, mais que ne vous frottez-vous les mains au préalable du lavage afin d'y étaler le savon, cela permettrait qu'il ne se fasse point la malle ?".
Oui, certes, assurément, indubitablement, certainement, mais...
Mais je n'aime pas m'oindre les mains (le reste oui, surtout si c'est quelqu'un d'autre qui le fait) de savon liquide, j'ai l'impression de m'étaler de la vieille huile de friture verte (ou bleue, ou jaune, ou mauve) sur les mains et la sensation est très désagréable.
"Chochotte !" diront certains, oui, ben si j'aime pas... j'aime pas.

Quoi ? Comment ? Une autre objection ?!
Hein ? C'est plus... ? Hygiénique ?!
Soyons sérieux !
Le but du savon en de tuer les microbes, les miasmes et autres animalcules (ce n'est toujours pas un gros mot !) qui se déposent sournoisement sur nos mains.
Immanquablement les microbes, etc... qui se déposent sur le savon trépassent pareillement.
Le savon n'a pas de conscience, ni d'intelligence, il ne se dit pas :"Oh, des microbes, etc... se déposent sur moi, surtout je ne fais rien parce que ça ne sert à rien : je ne suis pas sur des mains!".
Et quand bien même les microbes, etc... passeraient d'un usager ancien du savon à un nouvel usager du savon, ils seraient donc morts (les microbes, etc... pas les usagers) et s'ils étaient vivants ils trépasseraient itou à ce moment là.
Soyez un peu logique et cessez de dire des bêtises !
Ou bien ayez un savon solide personnel, interdit à quiconque d'autre que vous.

Je crois bien que je vais fiche ce savon liquide par la fenêtre, il rejoindra ainsi la génoise dans mon jardin parce que je l'avais ratée (brûlée !) mais c'est une autre histoire... je vous entretiendrais prochainement de ma détestation de la pâtisserie et des pâtissiers.

BOYCOTTONS LE SAVON LIQUIDE !!!


Mais accordons quelques lignes à mon sacerdoce, ma croix, ma raison d'exister :

"Le cycle de l'Élévation"
David Brin
Éditions Folio SF en poche

Trois bouquins :
"Jusqu'au coeur du Soleil"
"Marée stellaire"
"Élévation"
à peu près 8 € chacun

Durée de lecture : 1 semaine

David Brin nous fait là une saga remarquable en space-opéra.
L'histoire est assez simple puisqu'il s'agit de la vie des humains futurs dans une galaxie peuplée de plein d'extra-terrestres qui ont parfois plusieurs millions d'années d'existence.
Là où c'est remarquable, c'est que les humains n'ont pas de race astro-pérégrine patronne.
Pour être plus claire, les animaux chez qui les E.T. détectent un début d'intelligence sont "élevés" génétiquement vers la sapience pour ensuite servir, dans un régime de demi-esclavage, la race qui les a élevée.
Les humains ont découvert le voyage dans l'espace tout seul, ce qui les exonère de servir une race d'E.T. pour quelques siècles et ils ont, en outre, déjà des "clients" : les chimpanzés et les dauphins, respectivement néo-chimps et néo-dauphins, génétiquement modifiés pour avoir le don de la parole.
Que les humains aient obtenus ce droit exorbitant n'est pas du goût de tout les E.T. qui vont mener une guerre larvée aux humains et à leurs alliés.
D'autant que les humains ont considérablement assoupli leur régime de "clientèle", ce qui suscite quelques haines religieuses chez des E.T. intégristes.
C'est touffu (il y a beaucoup de personnages mais on s'en sort sans difficulté), dense, drôle et fichtrement bien écrit et traduit.
Mon préféré est "Élévation".

Bonne et saine lecture.

Le Maître des Bouviers.

ouais ca va dessin

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Numéro 5 18/08/2010 03:16


Académicien, c'est bien...mais Académichien, ça ne te conviendrait pas mieux ?
Et puis toutes ces mains à serrer (et donc à se laver) quand on est académiciens...pouah !