Lundi 5 avril 2010 1 05 /04 /Avr /2010 18:01

Il faut que je vous explique mon long silence depuis ma dernière et sublime (et spirituelle et enthousiasmante et drôle et profonde et talentueuse) chronique puisqu’il faut que je vous dise tout.

Bon… heu… pas tout quand même.

Faut pas pousser mémé dans les bégonias !

 

Nonobstant cette pudeur que d’aucuns pourraient regretter (non, non et non ! Je ne vous dirais pas ce que je fais de ce corps de rêve qui fait fantasmer les malheureux qui n’ont pas l’avantage de me connaître) et malgré les études anthropologiques et sociologiques que suscitent ces chroniques à l’Université ou à l’Académie, je suis parti en vacances.

J’entends vos exclamations : « Comment ? En vacances ? Vous ? Alors que vous ne foutez déjà rien de toute la journée ! ».

Oui.

Mais ce n’est pas parce que je n’en fiche pas une rame lorsque qu’il m’arrive d’avoir une activité professionnelle que ce n’est pas fatigant.

Car, peccamineux amis, sachez que ne rien faire au degré où j’ai développé cet art est singulièrement crevant.

Surtout intellectuellement.

Si j’étais né en un autre lieu, en un autre temps, eussé-je été plus destiné aux travaux manuels accaparants ?

Peut-être.

J’aurais alors été moins victime de cet ennui qui fait les grands esprits mais qui est aussi une malédiction que Sisyphe n’aurait pas choisi en échange de son calvaire, que le ravi de la crèche de Nazareth (Jésus, puisqu’il faut bien le nommer) aurait repoussé avec effroi s’il avait eu le choix : « Quoi ? Que dis-tu Ponce ? L’ennui du Maître des Bouviers à la place de la crucifixion ? Arrête ton char, Ponce ! Et prévois double ration de clous et d’épines ! L’ennui du Maître, c’est trop affreux ! ».

Et ne vous en plaignez pas, c’est pour tromper mon ennui (qui n’est cependant pas naïf) que j’avale ces kilomètres (kilogrammes ?) de littérature à votre seul profit.

Vous pourriez m’en être reconnaissant.

Vous n’êtes qu’une bande d’ingrats doublés de sadiques qui doivent secrètement se réjouir de ma douleur.

 

Or donc, je suis parti en vacances.

Au soleil radieux et impitoyable des iles enchanteresses où des autochtones, mamelues et fessues comme j’aime, versaient dedans mon gosier avide, alors que j’étais voluptueusement alangui (et vautré) sur une plage de sable fin et blanc au point qu’il en était actinique, l’ambroisie des Dieux que j’avais pris soin d’envoyer sur les lieux en prévision de ce séjour et en avion cargo spécialement affrété : quelques hectolitres de romanée-conti 1961.

Ma félicité était complète puisque les Bouviers avaient obtenus l’autorisation du Conseil de Sécurité de l’ONU de sortir du périmètre sécurisé par la Légion Étrangère qui est le leur d’habitude.

Il faut dire que ces îles sont peuplées d’habitants aussi charmants que méritants, leur courage face aux désastres que la nature leur inflige avec une régularité aussi métronomique que cruelle ne les avait cependant pas préparés à recevoir les Bouviers en leur île.

Malgré une campagne d’information et de mise en garde, les restes du syncrétisme propre aux contrés équatoriales à produit quelques réactions d’effroi.

En descendant de l’avion, j’ai entendu des cris de terreur et des exclamations de peur que certains ont eus en voyant les Bouviers : « Les anciens esprits sont de retour ! », « Les démons sont venus nous dévorer ! », « Les vieilles légendes disaient vrai ! », « C’est l’apocalypse ! », « Les Dieux vengeurs reviennent ! », « Repentons-nous ! », « Malheur sur notre peuple ! », « Nous sommes foutus ! », « C’est la fin ! », « Au secours ! », « À l’aide ! », « Pitié ! ».

 

J’ai quand même passé de bonnes vacances et les Bouviers aussi.

Et comme les vacances sont propices aux lectures faciles, plus peut-être que toute autre période, j’avais pris grand soin de choisir quelques ouvrages dans ce dessein.

Les voici :

 

« Bouche bée, tout ouïe. »

Alex Taylor

Éditions Lattès

17.10 €

 

Je connaissais déjà ce Monsieur Taylor, j’appréciais son talent de journaliste international et, bien qu’il fût Anglais (personne n’est parfait mais même parmi ce peuple fourbe et vindicatif il existe quelque rares exceptions), il manie le français avec une maîtrise que l’on ne rencontre plus guère, ce jourd’hui, en séance du Conseil des Ministres. Hélas !

Bref, sans être particulièrement obnubilé par la carrière d’Alex Taylor (dont je me fichais un peu, il faut bien dire), je le savais talentueux en regard de l’absolue nullité de certains journalistes gaulois.

Pas plus.

Il avait même commis une sorte d’autobiographie, il y a quelques années, qui n’avait pas déclenché chez moi un enthousiasme délirant puisque je ne l’ai pas lue.

Néanmoins, je ne dois pas beaucoup me forcer pour dire avec une conviction inébranlable, après avoir lu ce bouquin, que ce garçon est un bienfaiteur de l’humanité.

Parce que ce petit bouquin est une réjouissance.

Alex Taylor nous raconte comment il a découvert les langues autres que cet idiome assez frustre qu’est l’anglais.

Le français d’abord puis l’allemand et toutes les autres.

Dans un panorama éblouissant, mais néanmoins très drôle et bien écrit, il survole la façon qu’ont les humains de parler.

Il sait nous montrer combien les langues peuvent nous paraître étranges à ceux qui ne les maîtrisent pas mais qu’elles peuvent être une source inépuisable de découvertes.

Par exemple, j’ignorais que les Irlandais n’avaient pas de mots pour dire « oui » et « non », comment font-ils ? Certaine tribu, de je ne sais plus où, à une langue spécialement et exclusivement réservée à… la cueillette des noix.

De ce foisonnement de langues (3 ou 4 mille langues parlées dans le monde), il arrive à faire une sorte de panorama comparatif qui en dit bien plus sur la mentalité des nations que n’importe quelle étude sociologique.

Les chapitres sur les traducteurs professionnels est particulièrement drôle.

Je savais que certain concept, certaines choses ou sentiments étaient intraduisibles mais je ne pensais pas que cela puisse être un tel sujet d’amusement et de compréhension des autres.

Un bateau en anglais est une bateau, en allemand c’est la soleil et le lune, en portugais une pont, ça explique beaucoup de choses pour ne parler que des genres des noms.

Au travers des langues ce n’est pas moins que le monde qu’Alex Taylor tente de nous expliquer.

À lire d’urgence.

 

« François Mitterrand 2008 Il revient… »

Anonyme

Éditions Ramsay

Chez les bouquinistes (avec de la chance)

 

J’ai retrouvé ce livre là dans ma cave où j’entrepose les bouquins en attente d’être vendus.

Il faut bien tout de même, si ça me déchire le cœur c’est nécessaire car je risquerais sans cela d’être submergé.

Bizarrement, alors que je classais les livres en deux tas distincts (« à vendre » et « à relire »), je tombais sur celui-ci dont je n’avais aucuns souvenirs.

Le fait est à souligner car j’ai une excellence mémoire (doublée d’une inoxydable mauvaise foi qui me fait « oublier » ce qui me dérange) et je ne m’expliquais pas comment diable cet ouvrage avait bien pu se retrouver dans l’antichambre de mon purgatoire littéraire.

Nonobstant ce mystère insondable je l’ai lu.

Comment vous dire ?

C’est très plaisant parce que c’est méchant, c’est drôle parce que c’est féroce.

D’évidence l’auteur anonyme est un grand spécialiste du monde politique français, il sait décrire ce qui sous-tend cette arène publique et nous apprend ce qui se passe dans la coulisse voir dans les alcôves.

Le genre n’est pas nouveau mais il fonctionne toujours : faire parler un considérable personnage historique disparu sur les affaires de notre temps, la plupart du temps pour s’en désoler.

Pour cela il faut bien connaître le personnage que l’on fait parler, non seulement sa vie mais aussi sa façon de penser.

Un pastiche en somme mais plus casse-gueule puisqu’il s’agit de François Mitterrand.

C’est réussi puisque, au fil de la lecture, on se persuade presque que c’est vraiment l’ancien président qui parle.

L’anonyme (j’ai quelque idée de son l’identité) a su prendre le style mitterrandien fait d’ironie acide à la limite de la méchanceté, de mépris souverain pour ceux qui ne sont pas aussi roués que lui et de morgue princière s’exprimant en des « mots » ravageurs et assassins.

Tous y passent : ces successeurs (l’actuel président qui se promène vulgairement avec un « téléphone que l’on porte sur soi » !), ces anciens ministres (de droite comme de gauche), ses ennemis et ses amis, les journalistes (le portrait d’un chroniqueur politique œuvrant sur « radio Luxembourg » est savoureux) et les autres dirigeants du monde.

Je suis de gauche, vous vous en doutiez (Ah, bon !!), mais je vais vous faire un aveu : je n’ai jamais beaucoup gouté la politique de François Mitterrand ; pour une bonne part il a été le fossoyeur de la « gauche » et il a fait naitre, en France, cette « social-démocratie » si tiède, si fade, si inconsistante qu’elle est prête à toutes les compromissions face aux « puissances de l’argent » pour… pour quoi d’ailleurs ?

Mais…

Mais on ne peut s’empêcher d’admirer le personnage, son sens politique et de la « combinazione », son culot infernal et sa capacité à incarner le prestige de la fonction présidentielle.

Je sais, c’est idiot, mais nous sommes en France et ce que la France veut d’un président de la République, c’est qu’il soit un peu (beaucoup ?) royal.

Faites les comparaisons que vous voulez.

Je soupçonne quand même l’anonyme auteur de ce bouquin d’être férocement de droite (travaillerait-il au « Figaro » ?) et de se venger de la droite actuelle qui oublie qu’elle est, qu’elle doit être, républicaine et gaulliste (gauloise ?), sans être nostalgique.

Bref une droite qu’on adorerait détester et pas une droite qui nous désole parce qu’elle s’attaque à l’image que la Nation se fait d’elle-même.

Par le biais d’un pastiche qui fait parler François Mitterrand nous sommes (les gens de gauche) un peu vengés du manque de prestige (et de sens politique, et d’intelligence manouvrière, et de cynisme, et d’ironie, et de mystère… ) qui nous accable aujourd’hui à la tête de l’État.

 

« Le retour du Général »

Benoit Duteurtre

Éditions Fayard

17.90 €

 

Il y a parfois comme des collisions dans mes lectures, ce livre je l’ai acheté avant que je ne retrouve celui qui fait l’objet de ma précédente critique.

Est-ce pourquoi je le trouve un peu décevant.

Peut-être.

Dans la forme d’abord : autant « François Mitterrand 2008 Il revient » était simple dans sa construction (des réflexions chronologiquement agencés), autant celui-ci oscille entre l’onirisme, la science-fiction et le regret nostalgique de ce qui fût.

Attention, hein, ça se laisse lire en 1 ou 2 heures mais on referme l’ouvrage avec un « Bof ! » un peu désabusé.

Pourquoi ?

Parce que l’idée (qui est plutôt bonne en soi) de faire « revenir » le Général de Gaulle en notre temps est mal traitée.

Le Général revient donc et prend le pouvoir.

Hélas, on ne retrouve pas l’image que l’on se fait du Général de Gaulle, Benoit Duteurtre (pourtant prix Médicis il y a quelques années) nous livre un Général qui n’est pas assez… comment dire ? Grand.

Il manque de grandeur et de réelle modernité (même s’il légalise la fumette et fait copain-copain avec une drag-queen) puisque le Général de Gaulle est une sorte de tête de mule qui, pour résoudre les problèmes de notre temps, rétablit les lois « gauliennes ».

Un peu court.

Un peu léger.

Un peu « c’était mieux avant ».

Un peu amusant cependant.

Bof, donc.

 

« Maître de soi »

Emmanuel Pierrat

Éditions fayard

17.90 €

 

J’aurais dû écrire « Maître » Emmanuel Pierrat puisque l’auteur est avocat spécialisé dans le droit d’auteur, ce qui doit être pratique lorsqu’il soumet ses manuscrits aux éditeurs.

En plus de cela, il doit être très sympathique (la profession d’avocat ne vous rend pas sympathique a priori mais je la préfère à la profession de juge, c’est mon coté anarcho-libertaire) puisqu’il a aussi commis plusieurs fictions (« L’industrie du sexe et du poisson pané », « La course au tigre »…) et qu’il a une passion pour l’érotisme, au point de nous en faire profiter dans diverses productions littéraires.

En plus il a un certain talent.

Le sujet du présent ouvrage est un peu la vie de cet avocat, il nous raconte, sans prétention, les « cas » les plus saillants, drôles, fameux, de ses clients ; les situations les plus rocambolesques et les histoires les plus exemplaires concernant l’exercice du droit.

Ce n’est ni pompeux ni jargonneux (tant mieux !) et c’est plaisant à lire.

Il n’y a pas d’excessive complaisance envers soi-même (encore que, quelques fois… ) et l’on découvre la vie des « gens du droit » qui n’est ni meilleur ni pire que la nôtre.

Au détour de quelques exemples on se rend compte aussi que ce Droit que l’on imagine rigoureux, rigide, précis, n’est parfois qu’un bidouillage mal ficelé.

Voulez-vous que je vous dise ? C’est rassurant.

Agréable lecture.

 

« Ces impossibles Français »

Louis-Bernard Robitaille

Éditions Denoël

20.00 €

 

A chaque fois, avec ce genre de bouquin, je me fais avoir.

Je les achète.

Et les ayant lus, je les verse au fonds des livres à se débarrasser d’urgence avec un « Peuh ! » méprisant.

Pour aller un peu plus loin, je me demande toujours pourquoi tous ces étrangers nous regardent avec tellement d’intérêt, pourquoi ils cherchent à nous comprendre mais surtout pourquoi ils cherchent à nous faire connaître la compréhension qu’ils ont de nous.

Bien sûr, je le sais.

Nous les intriguons, les énervons et les rendons perplexes.

Je ne vais pas rentrer dans une analyse sociologique de cette situation parce que ce serait fastidieux et que vous le savez aussi bien que moi.

L’auteur en question est québécois et l’on pourrait penser qu’il y a comme une sorte de cousinage, qu’il est plus à même de nous comprendre.

Ce n’est pas le cas.

C’est toujours intéressant de connaître ce que pensent les étrangers de nous, pas nécessaire (avouez que l’on s’en fout un peu) mais amusant.

Pour une fois ce qui est dit là-dedans est assez bien vu.

Peut-être parce que l’auteur vit avec nous depuis longtemps et qu’il nous observe sans complaisance mais avec une sorte de fascination ébahie.

Il y a tout de même un sacré bémol : c’est un livre qui ne parle (presque) que de Paris, c’est fait exprès et l’auteur s’en désole mais la France n’est pas Paris, le provincial que je suis (et qui déteste Paris, ben oui !) est toujours décontenancé par cette aveuglement des Anglo-Saxons qui considèrent que hors des Champs-Élysées il n’y a rien.

J’exagère mais à peine.

Certains chapitres sont inutilement traités, comme, par exemple, celui sur l’intelligentsia parisienne qui se regarde complaisamment le nombril et qui « fait » la « pensée française ».

C’est inutile et très peu représentatif mais c’est drôle.

J’aurais voulu un portrait un peu plus varié et exhaustif, cependant il y a une forme amélioré d’écriture journalistique qui se lit sans déplaisir.

Et puis, ne boudons pas notre plaisir, ça nous fait toujours du bien que l’on parle de nous et quand c’est écrit avec un certain talent…

Qui a dit déjà : « Parlez-moi de moi, en bien ou en mal mais parlez de moi ! » ?

Un égocentrique sans doute.

Les français le sont un peu, ce que les étrangers ne peuvent pas comprendre et ça les agacent.

C’est normal, nous sommes les meilleurs !

 

« Gens de la Lune »

John Varley

Éditions Folio SF

À peu près 10.00 €

 

Comme le nom de l’éditeur l’indique, il s’agit là de science-fiction.

On pourrait même dire : hard-science-fiction.

Rien d’équivoque dans cette classification (que j’invente peut-être), je veux dire par là qu’il s’agit de SF pure, traditionnelle, une SF « canal historique » en somme.

Comme Isaac Asimov qui créait un monde à partir de ce qu’il connaissait (avec les outrances propres au genre, bien sûr), John Varley nous décrit un monde qui pourrait bien advenir si l’on imagine certaines choses possibles.

Assez peu d’ailleurs : des techniques médicales qui peuvent rendre les êtres humains quasi-immortels et la colonisation de la Terre par des extra-terrestres.

Des extra-terrestres qui n’apparaissent pas d’ailleurs.

Une partie de l’humanité s’est réfugiée sur la Lune (quelques millions de personnes) et à inventé une nouvelle façon de vivre basée sur un hédonisme extrémiste.

On découvre cette société à travers les yeux et la vie d’un journaliste cynique et dépressif.

Il arrive des choses assez épatantes dans cette société du futur (pas trop lointaine à ce qu’il semble) notamment une totale absence de préjugés sexuels.

Tout le monde couche avec tout le monde, sans gènes et sans tabous, à tel point que le narrateur devient au milieu du livre, et pas la grâce d’une opération bénigne, une narratrice.

Ce qui est plaisant, en plus du réel talent d’écriture, c’est que John Varley nous construit une société complètement dingue mais qui se tient.

C’est inventif, maîtrisé et ça se lit facilement.

Les personnages sont attachants, les états d’âmes du narrateur sont plausibles pour la société dans laquelle il vit et la cohérence du propos rend la lecture haletante.

Pourtant c’est un roman assez intimiste et c’est un tour de force de l’avoir fait sous cette forme là.

Il n’y a pas de batailles spatiales, ni de voyages interstellaires, encore moins de rencontres du troisième type.

Tout le contraire du space-opera qui a une petite tendance à me faire chier dernièrement.

Il est assez rassurant que le genre science-fiction puisse produire des romans où l’on n’est pas obligé d’imaginer la démesure.

Très bonne lecture.

 

 « 1000 Chefs-d’œuvres de l’érotisme »

Joe A. Thomas et Victoria Charles

Éditions Terres éditions

29.90 €

 

Je sais ce que vous vous dites : « La Maîtres des Bouviers est un libidineux salace ! ».

Oui, c’est vrai.

Mais ce n’est pas pour ça que j’ai acheté ce livre.

Non.

Non, parce que je me suis rendu compte que je n’avais pas, dans mon fonds de bibliothèque, de livres d’art.

Vous savez bien, ces livres que vous achetez pour éblouir le Nonce et sa Noncette lorsque vous les conviez à diner mais que l’on ne lit jamais parce qu’après tout les livres sur l’art ça fait braire.

Donc, me suis-je dit, tant qu’à investir dans un livre d’art autant prendre comme sujet traité quelque chose qui présente un intérêt même minime.

L’art industriel au XXème siècle ? Non !

Les peintures rupestres du néolithique ? Non plus !

Les sculptures d’étrons de chien ? Encore moins !

Donc une anthologie pour que ça soit varié.

Et sur l’érotisme pour que ce soit un peu piquant.

Mais pas vulgaire.

Et bien, figurez-vous, ça se lit.

Pas d’une traite, non, plutôt par petit bout, au hasard d’une page.

C’est très plaisant, on n’apprend pas forcement quelque chose mais c’est intéressant.

Et puis il n’est jamais inutile de savoir comment les artistes (peintres, sculpteurs et photographes) représentent les corps au travers des siècles, combien d’efforts ont été déployés pour suggérer, exciter, titiller les sens avec talent.

Parce que c’est beau.

Si ! C’est fichtrement beau.

 

« Une éducation libertine »

Jean-Baptiste del Amo

Éditions Gallimard NRF

19.00 €

 

Je ne sais pas trop comment prendre ce bouquin.

J’ai d’abord été curieux.

Curieux de savoir ce qui avait bien poussé la si vénérable NRF (vous savez les livres à couverture crème au liseré noir et rouge) à publier un premier roman d’un auteur de 26 ans et avec un titre pareil.

La NRF ne nous avait pas habitué à ça.

Audacieux et culotté.

Qu’est ce que ça donne à la lecture.

Ben, je ne sais pas.

Non, franchement, il y a une grande maîtrise de la langue, c’est recherché sans être casse-pied, il n’y a pas de lourdeurs dans le style et la manière d’écrire, on pourrait même dire qu’il y a de la virtuosité.

Le thème abordé l’a été de nombreuses fois (sous d’autres formes mais la trame y est) mais il n’est pas interdit de s’y frotter.

L’histoire : un jeune homme, vers 1760, quitte sa Bretagne natale et monte à Paris, il y rencontre un jeune aristocrate vicieux (libertin, si l’on veut) et séduisant dont il tombe amoureux. On suit son ascension dans la société par d’honteux moyens et ça fini mal.

Rien de nouveau depuis les « Liaisons dangereuses ».

Ce qui nous frappe c’est l’écriture ultra-réaliste de l’auteur dans la description  du Paris de cette moitié du XVIIIème siècle.

On sent la documentation sur la vie du petit peuple en ces temps là.

Et ce n’est pas joli, joli, mais bien écrit.

C’est bien là le problème. J’ai l’impression que ce jeune homme (l’auteur !) à des obsessions de style et la métaphore un peu outrancière et répétitive.

Je vous explique.

L’ouvrage commence par une description de Paris, pas celui des aristocrates ou des bourgeois, celui du peuple, et ça sent.

Ça pue quoi !

La description de cette puanteur est saisissante, prenante et envoutante. On est bluffé et admiratif, un peu dégouté aussi mais c’est fait exprès et tant mieux.

Les images, les métaphores sont pertinentes.

Bon !

On s’attend alors à passer à autre chose, on a compris que ça pue, ok !

Ben non, pas du tout.

Jean-Baptiste del Amo remet ça, encore, encore et encore.

Jusqu’à la nausée puisque j’ai même été tenté de sauter certaines lignes.

Mais on continue cependant parce que, je le redis, c’est talentueux et que la peinture de la société de l’époque est brillante.

On s’accroche aux longues descriptions très détaillées sans ennui, certes sans ennui mais on s’accroche quand même.

Et l’histoire est palpitante, les émotions du héros sont bien rendues mais…

Ben, oui, mais !

Et puis flûte !

Franchement, arrivé au deuxième ou troisième chapitre, on en a un peu soupé de la crasse, de la merde, aussi du pus, du foutre, de la bave quand il s’agit de fluides corporels, et des croutes, des pustules, des chancres, des bubons, et ça pue, ça pue, ça pue, ça n’arrête pas de puer.

C’est un peu lassant.

Ce que je n’arrive pas bien à comprendre c’est que j’ai quand même lu ce bouquin jusqu’au bout.

Le sentiment d’après lecture est très mitigé, admiration pour le talent (26 ans et édité à la NRF !), plaisir de lire un français manié avec brio mais comme une sorte de malaise à partager les obsessions de l’auteur.

En a-t-il d’ailleurs ?

Pas sûr.

J’ai toujours volontiers suivi un écrivain là où il voulait m’emmener, après tout ils sont là pour ça : nous prendre par la main pour nous promener dans leur univers.

Là, malgré une histoire intéressante, je ne sais pas où je me suis promené.

Et je ne suis même pas sûr de le regretter.

Faites-vous un avis.

 

Belles et bonnes lectures.

 

Le Maître des Bouviers

Par Le maître des Bouviers
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 10 mars 2010 3 10 /03 /Mars /2010 20:43
Dernièrement j'ai regardé la télé.

Oui, je sais, c'est incroyable, inouï, estomaquant !
Je vous entends vous exclamer, outrés et indignés : "QWÂ ? Vous ! Vous, le Maître des Bouviers, le parangon des vertus morales républicaines et anarchistes, vous dont la vie saine et pure nous sert d'exemple inaccessible, vous qui avez relevé le niveau, hélas déplorable, de tout ces blogues indignes ! Honte !"
Oui, j'ai honte.
J'ai honte mais je ne le regrette pas.
Que je vous raconte ça par le menu.

Voici quelques jours, donc, alors que la nuité s'avançait sur les landes de ma modeste propriété, je déambulai nu dans cette modeste masure qui me sert de lieu de vie en cherchant cette inspiration qui fait ma gloire lorsque je la transcris en épopée glorieuse et captivante dans le seul et unique but de faire apparaître un sourire de contentement sur vos douces lèvres, mes chers amis.
Au détour d'une pièce, je découvris un étrange et mystérieux meuble, je m'étonnai d'une présence si incongrue et en fis le tour sans pour autant pouvoir déterminer son usage.
Une armoire normande, je connais.
Une pendule comtoise aussi, les vistemboires nacrés du XIIIe siècle (j'en ai une impressionnante collection qui fait pâlir d'envie le conservateur du British Muséum) n'ont plus de secret pour moi.
Mais là, je dus avouer mon ignorance sur l'utilité d'un pareil meuble.
Assez disgracieux au demeurant : noir, vaguement rectangulaire, doté sur son devant d'un verre opaque que je devinai épais et, sortant de son ventre, tout un tas de fils que je supposai électriques puisque, aussi bien, ils ne pouvaient être reliés à l'appareil pour empêcher qu'on me le volât : les Bouviers assurent en la mienne demeure et aux alentours une garde si vigilante qu'elle en devient, au besoin, mordante.
Si mordante, au demeurant, qu'elles alignent à leur tableau de chasse, trois préposés aux postes, une compagnie de pompiers venue me proposer un calendrier, dix-sept démarcheurs en tout genre d'articles aussi inutiles que dispendieux et quatre-vingt-huit prosélytes de mouvements religieux ou sectaires attirés par ma supposée prodigalité.
Cela ne manque pas, d'ailleurs, de perturber ma digestion quand l'une d'elles, ou les deux, me rapportent, très satisfaites d'elles-même, comme trophée, un fémur ou un cubitus humain alors que je suis attablé devant un lièvre à la royale.

Bref, électriques donc, un bouton de mise en charge achevait de confirmer la chose.

J’appuie sur le bouton et, ô miracle, des images apparaissent, animées qui plus est.

Merveille des merveilles !

Je remarque, bien sûr, au bout de quelques instants que ces jolies images, toutes en couleurs chatoyantes et vives, n’ont presque pas de contenu.

Toute une litanie de vacuité consternante, comment peut-on remplir quelque chose d’aussi épatant (la transmission d’images à distance) avec autant de rien.

Là un quidam, sur une île brûlée de soleil, tentait de manger une bestiole toute pleine de poils et de pattes, ladite bestiole opposait un vif désaccord à cette proposition.

Ben, oui, l’est pas con la bestiole, contrairement au quidam qui tentait de l’ingurgiter vive !

Est-ce que je tente, lorsque l’envie me prends d’un tournedos Rossini, de couper un morceau de filet sur l’animal alors qu’il vaque, vif et gaillard, à ses occupations de bovidé ?

Non.

Faut pas être couillon tout de même !

Ailleurs un pauvre hère nous décrivait par le menu sa pauvre condition, il souffrait, je cite : d’addiction au sexe.

Une forme d’asservissement au déduit, à la fesse ; il fallait, disait-il, qu’il tire sa crampe au moins deux fois par jours et que c’était terrible parce qu’il ne vivait plus, il ne dormait plus, il ne pouvait plus travailler, le pauvre chéri.

Je n’ai pas bien compris le problème  de ce gros cochon, moi j’y pense tout le temps, je fais ça plusieurs fois par jour et ça ne me pose aucune sorte de problème.

Enfin, je tombais sur une troupe de braillards au regard de veau mort qui tentait de charmer un aréopage d’anciennes gloires de la chanson en hurlant comme la sirène des pompiers, avec cependant moins de talent.

Je conclu que cet étrange meuble ne m’était d’aucun secours, ma prodigieuse cervelle n’avait que faire de l’absence d’information et d’excitation intellectuelle délivrée par le susdit appareil quand, tout à coup, inopinément, sans crier gare, un reportage dans une mine mexicaine accrocha mon regard et mon attention.

Or donc, dans cette mine de je ne sais quel minerai, des mineurs à la mine anémiée, à la faveur d’un creusement, avaient découvert une géode géante, à l’intérieur de cette géode des cristaux géants eux aussi.

Jusqu’à présent, disait le narrateur, les plus grands cristaux découverts faisaient au maximum 1 mètre de long, ceux de cette grotte mexicaine faisaient jusqu’à…  17 mètres de long !

Découverte épatante et impressionnante, scientifiquement capitale.

D’autant que l’accès de cette grotte était très difficile : il y régnait une chaleur et une humidité infernale parce que se situant à 500 mètres de profondeur.

Avec 50° C et presque 95 % d’humidité, la durée de vie à l’intérieur de cette géode ne dépassait pas les 5 minutes, au-delà la mort était presque certaine.

Des images captivantes, un récit passionnant qui me firent revenir sur ma décision de fiche à la déchèterie cette étrange lucarne.

 

Cela me fit, en outre, penser à l’émerveillement qui fût le mien quand je lus, tout minot, les aventures du Pr Otto Lidenbrock, de son neveu et d'Hans Bjelke dans les entrailles de la terre.

Qu'une découverte scientifique puisse, plus d'un siècle plus tard, illustrer, à la perfection, une oeuvre d'imagination me laisse rêveur.

Je compris, alors, enfin, devant ma télé, l'aphorisme d'Oscar Wilde : "L'écrivain invente et la nature copie.".

L'avait raison ce brave Oscar !

On peut se dire, assez banalement certes, que ce vieux Jules (Verne) avait un talent de visionnaire qui pourrait interpeller les déistes de toutes sortes qui ne peuvent expliquer le talent que par une grâce surnaturelle, pas moi.

Je suis néanmoins ébahi et jaloux de ce talent singulier : imaginer qu'au centre de la terre "poussent" des cristaux géants et on les découvre, prévoir que l'obus envoyé vers la lune fera un voyage de 89 heures et Apollon XI en mettra 87 !

On ne peut être que stupéfié par ce talent.

Ce n'est cependant pas vers "Voyage au centre de la Terre" que mon envie me porta mais vers un ouvrage plus flamboyant, plus drôle aussi, de Jules : "De la Terre à la Lune".

Le bouquin en question fait partie de mon fonds de bibliothèque depuis plus de trente ans peut-être, sans que je puisse me résoudre de m'en débarrasser pour faire de la place.

Retrouver ainsi ses émotions enfantines en lisant un livre à quelque chose de rassurant ; preuve qu'adultes nous n'avons point renier ce que nous étions gamins.

Et quel plaisir de (re)lire, dans ce français parfait et accessible à tous, les aventures de Michel Ardan, du capitaine Nicholl et du président Barbicane.

Le thème du voyage vers la lune n'était pas nouveau d'ailleurs lorsque Jules Verne y ajouta sa contribution : Cyrano de Bergerac (le vrai !) avait déjà imaginé d'y aller au moyen d'une barque soulevé par des aigles et Edgar Poe en ballon.

Là où Jules innova, c'est qu'il rendait la chose possible : il est théoriquement envisageable de fabriquer un canon capable d'envoyer un obus vers la Lune, un très gros et long canon certes mais c'est possible.

Il avait d'ailleurs, dans un ouvrage précédent ("Les 500 millions de la Bégum"), penser qu'un gros canon pouvait envoyer un obus au-delà de la ligne d'horizon et que, ce faisant, l'obus en question ne cesserait jamais de tomber, pour l'éternité, comme... un satellite artificielle ! Autre incroyable prescience !

Donc, les membres du Gun Club de Baltimore qui regroupe les fabricants américains de canons, s'ennuient après la fin de la guerre de Sécession, pour se divertir ils décident d'envoyer un obus sur la Lune.

Pourquoi ? Pour rien. Pour prouver qu'ils peuvent le faire.

Je ne résiste pas au plaisir de vous citer un court passage de "De le Terre à la Lune", au chapitre intitulé "Feu !", les trois voyageurs ont pris place dans l'obus et un membre du Gun Club appuie sur le bouton de mise à feu : " Une détonation épouvantable, inouïe, surhumaine, dont rien ne saurait donner une idée, ni les éclats de la foudre, ni le fracas des éruptions, se produisit instantanément. Une immense gerbe de feu jaillit des entrailles du sol comme d'un cratère. La terre se souleva, et c'est à peine si quelques personnes purent un instant entrevoir le projectile fendant victorieusement l'air au milieu des vapeurs flamboyantes.".

Qu'est ce que vous en pensez ? Moi, ça me mets dans un bel état d'exaltation.

 

Un autre bouquin qui m'a bien plu :

 

"Histoires secrètes de Sherlock Holmes"

René Reouven

Éditeur : Folio policier

8 ou 9 €

 

Que je vous le dise tout de suite : je ne suis, je n'ai jamais été un grand fan de Sherlock Holmes.

Je trouve que le personnage, en tout cas celui décrit par Conan doyle, était assez falot, inconsistant et terne.

Oui, oui, je vais m'attirer les foudres des sectateurs de l'habitant du 221b Baker Street mais c'est comme ça.

Cela ne veut pas dire, néanmoins, que je n'ai jamais pris plaisir à lire les aventures du détective et du Dr Watson mais je trouvais cela assez commun, en matière de littérature policière il y a mieux.

J'ai toujours préféré Arsène Lupin parce que plus flamboyant, plus séduisant, plus drôle et plus intelligent.

Pour preuve Arsène s'est coltiné avec Sherlock (rebaptisé Herlock Sholmès par Maurice Leblanc) et il a toujours gagné, un sourire ironique et moqueur aux lèvres.

Cela dit, Conan Doyle plaçait ces récits dans l'Angleterre victorienne mais sans références aucunes à la réelle Angleterre victorienne, après tout il était le contemporain de Jack l'Eventreur et son héros n'est jamais partie à la chasse de ce meurtrier (le cinéma a réparé cette omission).

René Reouvern replace Sherlock Holmes dans son époque puisqu'il lui fait rencontrer des personnages historiques réels aussi bien qu'imaginaires.

Une sorte de réecriture historique où l'on apprend comment et pourquoi Sherlock Holmes a été fait officier de la Légion d'Honneur, où il déjoue les plans diaboliques du Dr Moreau (oui, celui d'H.G. Wells !) et où il résout l'énigme du "suicide" de Gérard de Nerval et celle de l'existence de Shakespeare.

Pas moins !

C'est fichtrement bien écrit, dans le style des romans populaires de l'époque victorienne et c'est drôle, ce qui n'est pas le moindre des qualités de ces textes.

Et ce qui ne manque pas de piquant, c'est que l'on sent que l'auteur aime son personnage, il n'imite pas, en cela, celui qu'il imite : Conan Doyle a toujours détesté Sherlock Holmes.

 

Oserais-je dire que c'est du Conan Doyle mais mieux ?

Oui !

 

Bonne et saine lecture.

 

Le Maître des Bouviers

 

kestuveu dessin

Par Le maître des Bouviers
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 16 février 2010 2 16 /02 /Fév /2010 01:15
Je suis exténué.
Fourbu.
Brisé de fatigue.
Me doutais-je, alors que je me lançais dans l'aventure blogueuse (blogante ? bloguésienne ? blogique ?), que ma charge d'écriture deviendrait à ce point accaparante qu'il me faudrait renoncer, avec de longs sanglots longs en dedans de mon gosier, à ce qui fait ma joie, mon bonheur, ma félicité ?
Non, hélas !
Mais le vin est tiré, il faut donc, joyeux compagnons, le boire jusqu'à la lie.
Fini le temps béni des promenades champêtres où les Bouviers et moi-même, suant le sang dans leur sillage faute d'avoir leur vélocité, nous saluions l'écureuil jovial, la gaie merlette sifflante, la biche compatissante, où nous pouvions gravement nous interroger sur l'opportunité d'un cèpe rieur, d'une oronge timide, d'une chanterelle glorieuse, où l'orage facétieux nous faisait rire, où l'humus odorant nous enivrait, où les cloches des villages jolis nous rappelaient à nos devoirs de mécréants honnis : pisser dans les bénitiers et rire de la déconvenue de l'officiant offensé.
Le diable et les enfers ne nous faisaient pas peur.
Les Bouviers, dans leur innocence canine, n'ont point changé d'habitude car ils n'ont pas eu l'outrecuidante ambition de partager, avec quelques milliers de leurs semblables, les humeurs qui les étreignaient.
Fût-ce mon erreur de le vouloir et de le faire ?
Il m'arrive de le croire mais je me ressaisis bien vite car je sais votre impatience de me lire et de vous dire, cela fait : "Le Maître des Bouviers est le parangon des vertus républicaines, contre son front d'airain s'abattent, sans l'égratigner, les avanies que les ennemis de la liberté lui jettent à la gueule ! Il saura défendre de son corps sublime nos vertus outragées ! Grâce à lui nous saurons mettre le pied à l'étrier de la gloire et rattraper le bonheur que nous pensions enfui vers d'autres rivages défendus par les tradeurs dévoyés du grand capital ! Il saura nous défaire des chaînes aliénantes que les banques, assoiffées de notre bon et bel argent, nous imposent pour mieux nous asservirent !"

Ouais.
Mais c'est quand même crevant.
Vous n'imaginez pas : ce blogue, un article sur un autre site et une chronique sur un autre encore.
La cadence est infernale. Si je ne me connaissais pas, je me dénoncerai au procureur de la république pour esclavagisme moderne.
Je n'en dors plus, mon teint, d'habitude de pêche, est tout chafouiné, des cernes apparaissent en dessous des yeux miens, mes fines mains tremblent, mes jambes trémulent, des sueurs d'angoisse me coulent sur la face.

Et s'il n'y avait que cette fatigue intellectuelle qui amoindrit mes hautes facultés de cognition (j'ai eu le plus grand mal, pour moi honteux, de me souvenir tout à l'heure, lors du très ennuyeux et très obligatoire repas de famille dominical, du mot : "prosopopée". Le croyez-vous ?), car ce qui me reste de vigueur physique est mise à mal par le démon venu tout droit des enfers, par l'ange déchu qui s'est souvenu, après sa proscription, qu'il avait un corps et savait s'en servir.
Ce démon adoré, cet ange chéri, fait tout dans l'excès ; je serais tenté d'user ici d'une locution un peu trivial pour vous décrire, par l'opposition, mon malheureux bonheur de vivre avec une succube succulente : "Quand elle a une idée dans le crane, elle ne l'a pas au cul".
C'est précisément ce qui fait ma félicité et présentement mon état de fatigue extrême puisque quand elle a une idée au cul, elle l'a aussi... enfin, ce que je veux dire c'est que les idées qui concerne le bas trouvent un écho en haut... heu... que la fureur nocturne qui l'agite quotidiennement est très... furieuse.

Oh, mais je vous entend : "Le Maître des Bouviers ne connais pas sa chance, il fait la fine bouche.".
Nenni, nenni, mon état de personne désiré me convient  mais c'est tous les jours que je subis les assauts du démon avant qu'il ne me console comme l'ange qu'il est aussi.
Je découvre, avec ravissement, le sens profond de l'expression "partager sa vie", cette personne qui, donc, partage ma vie, la partage en autant de morceau de gâteau délicieux et enivrant (oui, au rhum La Mauny XO, le gâteau) dans lequel elle mord des ses belles quenottes avec un enthousiasme qui parfois me fait un peu peur tant elle y met d'ardeur.
D'autant qu'il faut y répondre et, si possible, chérir et surenchérir. L'exercice est parfois périlleux et casse-gueule, je ne compte plus les contusions qui ornent mon corps d'albâtre, je prends des couleurs, mes bleus passent par toute une gamme chromatique fascinante : rouge vif, cramoisi profond, marron terne, bleu (ah !) outremer, vert bouteille (mais de ce vert si particulier des bouteilles de romanée-conti 1961), pour finir par un gris triste signalant la rémission.
Mais, la nuit venue, j'en "attrape" d'autres ; je vais finir par ressembler au Rainbow Flag.

Puisqu'il faut, toute honte bue, tout vous dire, je signale à votre compassion que les Bouviers ont été malades.
Elles ont cette particularité de tout faire en duo, en même temps et avec la même intensité généralement dévastatrice, qu'il s'agisse de léchouilles, de manger, de dormir, d'engloutir des chaussures ou des télécommandes de télévision, d'aboyer (rarement certes mais toujours pour de bonnes raisons), de se rouler dans la boue ou d'être malade.
Avant-hier matin, donc, les Bouviers avaient, elles aussi, l'oeil terne et la mine chiffonnée, leur entrain n'était plus aussi vif, leurs truffes étaient chaudes et sèches, elles avaient un air de pauvres malheureuses à l'article de la mort.
Je soupçonnais immédiatement quelque maladie incurable et mortelle, l'angoisse me tordait les entrailles comme mon banquier le fait avec mon compte (essorage serait plus juste !), bref je paniquais.
"Les Bouviers sont malades !" hurlais-je à tous ceux qui croisaient mon chemin et qui me répondaient en haussant les épaules d'indifférence. Salauds !!
Vite, vite ! Chez le véto !
Sur le chemin j'éprouvais une sorte de joie perverse et une culpabilité insidieuse puisque j'allais voir le vétérinaire des Bouviers, elles s'en foutaient de voir le docteur, elles ahanaient de fatigue et me lançaient des regards assassins qui disaient : "Mais pourquoi nous fais-tu sortir ? Nous sommes mâââlâââdes ! Nous aimerions nous reposer et dormir ! Bourreau !".
Faut-il vous le dire ? Le vétérinaire qui s'occupe de la santé des Bouviers est une charmante personne, jeune et pétulante, blonde aux cheveux longs (bizarre d'ailleurs, j'apprécie plus les cheveux courts et bruns, le démon d'ailleurs...) et dont les formes plaisent à  mon oeil : visibles en haut et de face mais point trop volumineux, petit et ferme (je pense !) en bas et de dos.
Avec ça toujours un sourire ravi quand je lui emmène les Bouviers mais je la soupçonne d'exprimer ainsi son plaisir de les voir (elles sont irrésistibles !) et pas moi.
Pfff ! Il n'y en a vraiment que pour elles... et moi alors !
Je sais ce que vous vous dites : "Le Maître des Bouviers est un pervers, il a la chance d'avoir un ange sexué qui l'accable, à sa plus grande joie, d'attentions amoureuses et il se détourne à la première occasion même dramatique !".
Hé ! Ho ! Doucement les basses !
Permettez-moi de vous dire que les cochons que vous avez connus ne sont pas ceux que nous aurions pu garder ensemble !
D'abord ! C'est vrai quoi ! A la fin ! Je regarde ! C'est tout !
Bref, après une auscultation en règle (yeux, oreilles, gueule, ventre) qui laissa ravies les Bouviers, la bonne docteur (bonne dans le sens de bonté ! Je n'ai pas dit bonne dans le sens de... bonne ! Vous avez vraiment l'esprit mal tourné pour voir le scabreux partout !) me dit que l'affection était bénigne : un rhume.
Je dansais alors une gigue de soulagement et payais les services de cette si délicieuse vétérinaire, une somme d'ailleurs si outrageusement élevée que les profits outranciers de nos amis pétroliers n'auraient pu la couvrir.
Je m'en allais néanmoins le sourire aux lèvres et l'esprit apaisé.
Grâce à la médication prescrite, les Bouviers depuis vont mieux, je vous remercie.

"Temps des crises"
Sous-titré :"Mais que révèle le séisme financier et boursier qui nous secoue aujourd'hui ? Si nous vivons une crise, aucun retour en arrière n'est possible, il faut donc inventer du nouveau."
Michel Serres (de l'Académie Française)
Édition Le Pommier
10 €

Malgré son sous-titre qui fleure quelque peu l'ouvrage du XVIIIe siècle et qui pourrait vous laisser penser qu'il s'agit encore, encore et encore, d'une somme ennuyeuse sur le désastre où nos amis banquiers nous ont plongé (et de nous réclamer des sommes de bon et bel argent par nous gagné pour sauver leurs miches de capitalistes sans foi ni loi), il s'agit plutôt d'une réflexion sur l'état du monde et des hommes.
Que je vous le dises sans honte : j'aime Michel Serres.
Pas physiquement (pas mon genre) mais son esprit et sa façon de dire ses idées, de raconter des histoires...

j'ouvre une parenthèse à ce sujet : allez donc sur le site de l'Institut de France et plus précisément sur Canal Académie, (là), vous y trouverez tout un tas d'émission en baladodiffusion où l'intelligence se dispute avec l'élégance de l'esprit, vous y trouverez aussi des émissions où vous entendrez Michel Serres et sa façon absolument irrésistible de dire : "Je vais vous raconter une histoire."

... l'esprit et la profondeur de l'intelligence, donc, de Michel Serres.
Je connaissais cette éminent académicien français avant de lire cette ouvrage, surtout qu'il était marin et qu'il se disait tintinophile et tintinographe.
Ses interventions télévisuelles et radiophoniques sur Tintin, le capitaine Haddock, les Dupon(d)t, le professeur Tournesol, me laissait toujours un sentiment de satiété intellectuelle et la sensation rare (trop rare) d'être plus intelligent après qu'avant.
Malgré cette impression favorable, je n'avais jamais lu aucun de ses bouquins que je pensais, à tord, rempli de tout un tas de termes imbitables et de locutions alambiquées comme dans ceux d'un certain philosophe qui reçu, jadis, quelques tartes à la crème et qui cita, naguère, un penseur imaginaire tout droit sorti de l'esprit dérangé mais plaisant d'un journaliste du "Canard Enchaîne".
J'avais tord, vous dis-je !
 
Michel Serres à l'élégance et la noblesse de nous croire à même d'aborder les thèmes les plus ardus, de nous parler de sujets qui nous feraient plisser le nez d'ennui, de nous parler comme à de vieilles connaissances avec qui il a plaisir de converser au coin d'un feu, un verre de romanée-conti 1961 dans la main, avec, donc, cette facilité de nous faire comprendre ce qui se cache derrière cette fameuse "crise" dont les baveux professionnels nous abreuvent à longueur de journée et sur toutes les ondes et, même, qu'ils nous ennuient que c'est pas croyable comme ça peut être chiant.

Dans le "Temps des crises", Michel Serres part d'un postulat qui serait évident à un enfant de cinq ans : s'il y a crise c'est que quelque chose n'a pas fonctionné comme il faut, il faut donc inventer autre chose plutôt que revenir à l'état antérieur au risque de subir une crise nouvelle et peut-être pire.
Il démontre, en outre, que cette présente crise n'est rien d'autre que le résultat d'une évolution produite au XXe siécle et qui nous a fait passer du néolithique à... quelque chose d'autre.
C'est éblouissant de pertinence et furieusement optimiste, il m'est devenu évident que nous avions la responsabilité de créer cette "autre chose" puisque aussi bien nous ne pourrions pas reproduire les schémas de fonctionnement qui furent les nôtres, au risque de tout perdre.
La position de Michel Serres est proprement révolutionnaire et ça me plait beaucoup.
D'autant qu'il nous dit tout ça avec un grand sourire, cette voix légèrement voilée et avec cette éclat moqueur et ironique dans l'oeil qui fait tout son charme d'Académicien Français.

Bonne lecture

Le Maître des Bouviers
Par Le maître des Bouviers
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Dimanche 31 janvier 2010 7 31 /01 /Jan /2010 09:43
Voilà bien longtemps que je ne vous avais entretenu de mes pérégrinations littéraires.

Veuillez me pardonner mais il fallait que je m'occupasse de sujets hautement sensibles à mon coeur ces jours derniers, que je réglasse diverses questions d'ordre matériel, que je m'engageasse dans des combats donquicottesques aussi inutiles qu'exaltant, que je brossasse les Bouviers (ce qui n'est pas la moindre des obligations), bref que je vécusse une vie pleine d'angoisses et de bonheurs comme peut être une vie d'un électeur moyen, parfaitement anonyme, et se félicitant de l'être.

En somme mon ciel était, comme à son habitude, modérément serein, le soleil de ma félicité était obscurci de quelques nuages vivement poussés par le doux zéphyr de ma volonté implacable qui ne pouvait, nonobstant son implacabilité, empêcher d'autres fâcheux nuages d'attendre leur heure pour noircir mon horizon que je voulais, à l'imitation de tout un chacun, aussi limpide que radieux, les fourbes !

Rien de nouveau.
Quand, soudain, tout à coup, inopinément (ce n'est pas un gros mot !), sans crier gare, tout à coup, soudain, les mains gracieuses et néanmoins crevassées par le froid de loup qui règnent ces jours en nos contrés et qu'oncques ne vécut depuis des éons, de ma factrice déposèrent en ma boite à lettres un nuage d'orage et de désespoir.
Et de quelle taille !
Mon entendement en fût tout tourneboulé, brinquebalé dans les méandres visqueux et sinueux de la glorieuse administration Française, éberlué par l'incurie de dilettante de nos lumineux et gesticuleux ministres d'une république (n° 5) qu'on voudrait plus flamboyante mais plus économe de mon argent.
Mon bon et bel argent gagné, arraché, par ma sueur acide et corrosive dans les mines de sel du libéralisme triomphant au cynisme sardonique qui n'hésite guère à jeter les gens de peu dans les fournaises aliénantes de capitalisme sans foi ni lois.
Comme je vous dis !

Je décachetais alors la missive, la sueur froide de l'angoisse me coulait déjà entre les omoplates (superbes mes omoplates comme me le dirent ceux qui eurent le bonheur de les voir), mes yeux (vert sombre et concupiscents) s'apprêtaient à jaillir, tels deux lévriers à la poursuite du lapin, de mes orbites, mon coeur, mon pauvre coeur jadis et naguère déjà anéanti par d'innombrables chagrins, battait une chamade qui aurait fait passer la canonnade du Palais d'Hiver pour quelques pets de musaraignes, et je tombais prestement en syncope.
Ô Voltaire ! Ô Condorcet ! Ô Bakounine !
Ô mannes célestes et néanmoins laïques de ceux qu'animèrent les Lumières !
Venez à moi !
Venez défendre la vertu de vos descendants dévoyés !
Le poing crispé sur le poulet chiffonné, la veine de l'indignation saillant sur mon front d'habitude d'albâtre, je me précipitais pour crier mon indignation outragée à ceux qui voudraient bien l'entendre : vous !
C'est donc avec fureur que je tape présentement sur mon clavier qui n'en peut mais.

Car, le croirez-vous, la lettre émanait du ministère de la santé publique et de Mâme Bachelot qui m'enjoignait, dans des termes comminatoires, dans une langue approximative et grâce à un vocabulaire pauvre (si pauvre que l'on se demande si le rédacteur (la rédactrice ? Mâme Bachelot ?) n'a pas une idée insultante de la possibilité de compréhension du peuple auquel il (elle ?) s'adresse ?), de me faire vacciner contre la Grippe Hachanana.
LA Grippe !
LE Fléau Ultime !
LA Mort ! LES Pustules Létales ! LES Miasmes Mortifères ! LE Virus Assassin... et le nez qui coule !
Le ministre nous promet pis que la peste et le choléra, pis que les sept plaies d'Egypte et les hordes d'Attila réunies... et le nez qui coule !
Le Jugement Divin (pas moinsse !) de n'être pas de la coterie de ceux qui approuvent et défendent la politique du clan de l'uaimpé... et le nez qui coule !

Et cette plaisanterie m'a couté deux milliards d'euros (2 000 000 000 €).
Pour un résultat à peu près nul.
Deux milliards ! (2 000 000 000 € !!)

Je ne vais pas me faire l'historiographe de cette pantalonnade (vous connaissez tous l'incroyable déroulement de cette farce, y compris les possibles compromissions et prévarications des experts de l'oaimesse) mais sachez seulement que la missive ministérielle m'invitait à me présenter dans un centre de vaccination sis à quelques lieus de ma modeste résidence.
Les services des postes m'avaient diligemment porté ce courrier le 23 janvier.
Le centre de vaccination avait fermé ses portes la semaine précédente.

On pourrait alors s'écrier, comme le philosophe : "Sic transit gloria mundi !".
Oui, on pourrait.
En fait de "gloria" celle de Mâme Bachelot est singulièrement peccamineuse car, à tout le moins, empreinte d'une volonté trop enthousiaste pour notre santé et entachée d'un soupçon (selon l'opinion de certains) de collusion (involontaire pas crédulité ?) avec les fabricants du vaccin qui furent ses employeurs avant qu'elle ne se lançât, telle un poulet sans tête dans la basse-cour après une décollation, dans l'arène des fauves politiques, et de "mundi" que celle qui franchit les portes dorés des cabinets ministériels mais pas plus loin.
Soyons honnêtes avec Mâme Bachelot : elle a été abusée (?) et effrayée par des paroles mielleuses et apocalyptiques d'experts, elle a voulu, diaboliquement inspirée, mieux faire pour bien faire.
Soit !
Mais, pestebeleu ! Deux milliards ! Quelle prodigalité !
N'aurions-nous dû pas traiter cette petite et bénigne pandémie avec plus de mesure et de prudence ?
Avec un souci, harpagonesque, des deniers publics ?
Sans l'absolue certitude d'être dans le vrai et le bon, méprisant les mesures de nos voisins d'Europe qui allaient tous périr, faute de moyens déployés, dans d'affreuses souffrances... et avec le nez qui coule ?
Sans cette volonté, présidentielle (?), de faire mieux et plus que n'importe qui pour s'en gargariser d'aise ensuite face aux caméras ?

Ce qui me désole le plus ce n'est pas que nous ayons asséché les stocks mondiaux de vaccin, en accaparant 10 % des-dits stocks pour 1 % de la population de cette planète, et de Tamiflu à l'efficacité douteuse, mais bien qu'il est prévu de faire, dans les hôpitaux publics, des économies pour les rendre plus... efficaces.
Et ce en vertu de l'adage qui veut que l'on donne moins d'argent pour que l'organisation soit plus efficiente.
Car tout est une question d'or-ga-ni-sa-tion !
Qu'un patient meurt des suites d'une crise cardiaque dans une ambulance du SAMU faute de lit d'hospitalisation est un problème d'or-ga-ni-sa-tion, car il restait, aux dires du ministre (Mâme Bachelot) trois lits disponibles (3 !).
Trouver un de ces trois lits de réanimation n'était sans doute pas si difficile que cela ?
Trois lits de réanimation de réserve à ce moment là en Île-de-France.
Population de l'Île-de-France au 1er janvier 2007 : 11 598 866 habitants (source : INSEE).
Oui, oui, oui.

Il fallait donc, après cette désolante aventure, que je vous entretinsse d'un ouvrage propre à débonder le récipient où s'accumule les humeurs atrabiles.

"Troisième chronique du règne de Nicolas 1er"
Patrick Rambaud
Edition Grasset
13,30 €

Mais aussi :
"Chronique de règne de Nicolas 1er"
"Deuxième chronique du règne de Nicolas 1er"
Edition poche Lgf
4,75 € et 5,23 €

Comme un duc de Saint-Simon, Patrick Rambaud nous offre une chronique du règne de notre Omnipotent Président.
Que je vous le dise tout de suite, c'est furieusement bien écrit.
Le lecteur retrouve, avec une joie et un bonheur sans mélanges, le ton doucement ironique d'un courtisan d'ancien régime à qui on ne la fait pas.
Parfaitement à l'aise dans le pastiche (il en a commit plusieurs et de très bons), Patrick nous permet, avec un style flamboyant comme une contre-réforme, de rire, enfin, des avanies que nous fait subir notre Flamboyant Monarque.
Quel défouloir que cette plume là !
Car l'auteur, à l'évidence, déteste Nicolas 1er et sa détestation prend la forme d'une écriture faussement admirative et réellement acide, féroce et sarcastique.
Autre motif d'admiration, pour moi : une admirable maîtrise de l'imparfait du subjonctif que l'on voudrait plus courante chez les plumitifs de tous poils qui nous accablent de leurs avis verbeux.
Quand le pamphlet politique prend cette forme là, c'est de l'art.
Le talent de M. Rambaud nous rend les gaffes, bêtises, colères et ignorances de notre Sémillant Souverain plus ridicules encore qu'elles ne sont.
C'est une oeuvre de salubrité publique.
Et il y aura encore deux chroniques à venir, il faut bien finir le règne.

Le Maître des Bouviers.

dodo dessin
Par Le maître des Bouviers
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 9 janvier 2010 6 09 /01 /Jan /2010 13:14

Ce matin, encore quelque peu ensommeillé comme à mon habitude, la tête pleine de mes rèves de gloire littéraire et académique (oui, je fais uniquement des rèves où je deviens académicien ou alors des rèves érotiques torrides et je m'en souviens toujours avec beaucoup de précision, c'est pratique car ainsi j'ai déjà en tête tout mon discours de réception sous la coupole mais, chose étrange, les deux sortes de rèves ne se mélangent jamais.

Pourquoi, je ne sais ?

L'habit vert (bleu marine en fait) est pourtant très érotiquement chargé), je me proposai, donc, comme à mon habitude, donc, de me laver les mains.
Oui, je sais, il est un peu étrange que la première chose, le premier rite auquel je sacrifie le matin, soit de me laver les mains.
Je vous dirais, donc, qu'il y a des tics, tocs, pires que celui-ci.
Bref, j'appuyai, donc, sur le poussoir du distributeur de savon liquide quand, soudain, tout à coup, inopinément (non, ce n'est pas un gros mot), à brûle-pourpoint, soudain, tout à coup, donc, je tombai en arrêt, tel le faucon pèlerin voyant sa proie en plein vol (oui, oui, OUI ! L'image est bancale et inappropriée mais je fais ce que je peux !), devant une évidence :
J'étais un idiot !

Que je vous explique : il ne m'arrive quasiment jamais de me traiter de la sorte, de m'invectiver de cette façon, de me lancer en pleine visage de tels noms d'oiseaux (mais comme je suis déjà un faucon, il y a une certaine cohérence dans le propos), sauf quand ma bêtise crasse me saute aux yeux avec l'évidence du lait sur le feu (???).
Car, au rebours de mes admirateurs béats qui ne sauraient, en aucune façon, trouver rien à redire sur moâ, je me reproche parfois de céder aux sirènes hurlantes et tentatrices des publicitaires avides de mon bon argent et de cocaïne.
Je l'avoue, à ma grande honte, je succombai, voilà peu, aux arguments fallacieux d'une réclame télévisuelle et achetais, chez Monsieur Auchan (drôle de nom d'ailleurs, ces temples de la consommation n'ont rien de champêtre) une fort laide et inélégante petite bouteille de savon liquide qui affiche, sur son devant, son appartenance à une cité du sud de la France qui commence par Mar et se finit Seille.
L'image collé sur cette bouteille est, d'ailleurs, singulière et quelque peu incongrue, puisque on y voit un petit garçon, en bermuda, et polo rayé assis sur un rebord de fenêtre impossible.
J'aime bien ce genre d'expression "fenêtre impossible"... enfin vous voyez ce que je veux dire, sinon vous pourrez le constater lors de vos prochaines emplettes chez M. Auchan... ou Leclerc... ou un autre, mais qui ne vous délestera pas moins de votre bon argent.
"Mais !" me dis-je in petto, tout au fond du tréfonds de l'intérieur du dedans de moi-même, "Mais !", donc, "Mais ! Tu es un idiot ! Pourquoi diable as-tu, avec une inconséquence qui ne t'est pourtant pas coutumière, avec cette absence de sens critique qui caractérise les voyeurs (autre nom de ces téléspectateurs là) de TF1 ou de M6, avec cette inconscience du canard ou de l'oie qui se réjouit, au mois de décembre, qu'on lui donne encore à manger, avec cette prodigalité inepte qui ne se rencontre que chez les hauts fonctionnaires du ministère de la Santé mais c'est pas leur pognon alors i' s'en fichent, acheté cette accessoire de salle de bains aussi inutile que dispendieux.
Je reviendrais sur l'utilité de la chose, mais sachez tout d'abord qu'il me fallût me délester de plusieurs euros pour acquérir l'objet en question, mettant ainsi en péril mon (trop) maigre budget et me forçant à manger des nouilles sans beurre ni sel durant de (trop) nombreux repas.
Peste !
Foutre-dieu !
Putevierge !
Morbleu !
Et pourquoi ?
Hein ?
Pour briller dans les dîners en ville, le Nonce à ma droite et sa Noncette à ma gauche ?
Même pas !!!
M'imaginez-vous répondre au Nonce (la Noncette ne dit jamais rien) qui m'entretient (oui, oui, verbe "entretenir", troisième personne du présent avec un "t" final !) du schisme moldo-bulgare au XIIème siècle : "Oui, mais moi j'ai acheté un distributeur de savon liquide et il me fait bien de l'usage !" ?
J'aurais l'air ridicule et rien de pire qu'être ridicule, les gens sont si méchants qu'il seraient bien capable de me resservir cette saillie indigne de moi pendant des années.
Ben, non, quand même.
Les distributeurs de savon liquide sont à usage privé comme les sex-toys... encore qu'il arrive, à l'occasion d'une visite, que je permette à des amis d'user de cette objet après qu'un besoin urgent leur a tordu les entrailles... enfin je suppose qu'ils en usent... j'espère... faudra que je leur demande. Quant aux sex-toys (j'en ai une impressionnante collection), aucune des mes amies (ou amis, ne soyons pas prudes au point de croire que les hommes n'utilisent jamais de sex-toys... sur eux) n'a jamais demandé la permission d'utiliser mes instruments parce que ça urge... encore que je ne vois pas en vertu de quoi je refuserais qu'elles me les empruntassent.
Mais je m'égare.

Le distributeur de savon liquide, donc.
Immense escroquerie ! Hénaurme !!!

"Mais pourquoi, ô Maître des Bouviers si sagace ?"
Voilà le question que vous vous posez.
Parce que les escrocs, les malfaiteurs, les vilains, les infects qui produisent ce substitut de l'honnète et séculaire savon solide, vous... nous... me vendent... tadada !
Suspens !
Angoisse intolérable de l'attente !

De l'eau au prix du savon !!!

C'est pas fortiche, ça !
Il faut quand même avoir une certaine (ça veut dire beaucoup) dose de perversité pour oser faire une chose pareille.
Car, cela ne vous aura pas échappé, il faut, pour faire du savon liquide, ajouter de l'eau au savon solide !
Et qui marche dans la combine, innocemment ignorant de l'intolérable scandale ?
Nous !
Nous, le peuple crédule travaillant, suant sang et eau, quotidiennement pour assurer notre maigre pitance, ruminant des sombres pensées alors que le métro (ou le bus, ou le tram) antédiluvien nous transporte poussivement sur des chemins caillouteux et ornièreux vers notre lieu de torture où des contre-maîtres sadiques, petits chefs inféodés au grand capital, nous ferons trimer tels des ânes souffreteux et phtisiques à coups de knout et d'injures sous la lumière blafarde des néons arrogants des ateliers concentrationnaires des banlieues industrielles stériles et empuanties des miasmes délétères vomis par les cheminées triomphantes.
Faut-il que nous soyons nouilles !

Et encore, si le savon liquide apportait à l'humanité le nécessaire supplément de bonheur que les philosophes cherchent depuis des éons.
Nenni !
Balpeau !
Nibe !
Queue de chie et peau de zob !

Pouvez-vous me dire quelle est l'utilité de se laver les mains (pour ne point attraper le grippe Hachanana et, comme nous le dit Mâme Bachelot, mourir dans d'atroces souffrances, pustuleux, contagieux et donc abandonné de tous, y compris des Soeurs de la Perpétuelle Indulgence qui en ont pourtant vu d'autres) avec du savon liquide.
Qu'on se le dise, urbi et orbi (en dedans et en dehors), le savon solide pourvoit fort honorablement aux besoins qui sont les nôtres en matière de savon.
Point n'est besoin, donc, que nous nous lavassions les mains avec cet ersatz.

D'autant qu'à l'usage il y a comme un défaut.
Que je vous explique derechef :
Lorsque vous appuyez sur la petite pompette pour que l'engin vous accorde votre noisette de savon, vous avez non seulement placé votre main (gauche ou droite, je m'en fiche. Vous faites ce que vous voulez de vos mains) sous le bec de la susdite pompette pour que ladite noisette de savon n'atterrisse point dans la vasque (faut pas être totalement idiot quand même) où il serait fort difficile de la récupérer, mais vous avez aussi, déjà, ouvert l'eau.
Or, quand vous avez votre noisette au creux de la main (si vous avez les noisettes au creux de la main de quelqu'un d'autre c'est que vous n'êtes pas en train de vous lavez les mains), votre mouvement naturel est de placer la main (et l'autre, ne faisons pas les choses à moitié) sous l'eau.
Et que se passe-t-il à ce moment ?
Oui ! J'en vois un qui opine violemment du chef ! Il connaît !
La noisette, profitant du jet d'eau, glisse sur votre paume et s'enfuit par l'écoulement, là où vous n'aurez plus aucun espoir de la récupérer même avec la meilleure volonté du monde.
Que je vous le dise, franchement, droit dans les yeux, avec certitude : c'est voulu !
L'idée a germé dans l'esprit pervers d'un producteur de savon (le père du petit garçon de tout à l'heure ?) insatisfait de ses ventes de savon solide !
Comment faire pour que nous consommions plus de savon ?
En nous le faisant gaspiller.
Car lorsque cette mésaventure vous arrive, et malgré la frustration et l'énervement que cela procure, vous recommencer l'opération.
Plus de savon consommé (et plus d'eau, y aurait-il collusion entre marchands de savon et marchands d'eau ?) égale plus de chiffre d'affaires... plus de bénéfices... plus de stock-options... plus de yachts sur la Côte... plus de prostituées Ukrainiennes autour de la piscine olympique de la villa (600m²) du Cap-Nègre (Tiens ! Tiens ! Tiens !).

J'entends l'objection de certains qui croient faire preuve ainsi de vivacité d'esprit : "Oui, c'est vrai, ô sublime Maître des Bouviers, mais que ne vous frottez-vous les mains au préalable du lavage afin d'y étaler le savon, cela permettrait qu'il ne se fasse point la malle ?".
Oui, certes, assurément, indubitablement, certainement, mais...
Mais je n'aime pas m'oindre les mains (le reste oui, surtout si c'est quelqu'un d'autre qui le fait) de savon liquide, j'ai l'impression de m'étaler de la vieille huile de friture verte (ou bleue, ou jaune, ou mauve) sur les mains et la sensation est très désagréable.
"Chochotte !" diront certains, oui, ben si j'aime pas... j'aime pas.

Quoi ? Comment ? Une autre objection ?!
Hein ? C'est plus... ? Hygiénique ?!
Soyons sérieux !
Le but du savon en de tuer les microbes, les miasmes et autres animalcules (ce n'est toujours pas un gros mot !) qui se déposent sournoisement sur nos mains.
Immanquablement les microbes, etc... qui se déposent sur le savon trépassent pareillement.
Le savon n'a pas de conscience, ni d'intelligence, il ne se dit pas :"Oh, des microbes, etc... se déposent sur moi, surtout je ne fais rien parce que ça ne sert à rien : je ne suis pas sur des mains!".
Et quand bien même les microbes, etc... passeraient d'un usager ancien du savon à un nouvel usager du savon, ils seraient donc morts (les microbes, etc... pas les usagers) et s'ils étaient vivants ils trépasseraient itou à ce moment là.
Soyez un peu logique et cessez de dire des bêtises !
Ou bien ayez un savon solide personnel, interdit à quiconque d'autre que vous.

Je crois bien que je vais fiche ce savon liquide par la fenêtre, il rejoindra ainsi la génoise dans mon jardin parce que je l'avais ratée (brûlée !) mais c'est une autre histoire... je vous entretiendrais prochainement de ma détestation de la pâtisserie et des pâtissiers.

BOYCOTTONS LE SAVON LIQUIDE !!!


Mais accordons quelques lignes à mon sacerdoce, ma croix, ma raison d'exister :

"Le cycle de l'Élévation"
David Brin
Éditions Folio SF en poche

Trois bouquins :
"Jusqu'au coeur du Soleil"
"Marée stellaire"
"Élévation"
à peu près 8 € chacun

Durée de lecture : 1 semaine

David Brin nous fait là une saga remarquable en space-opéra.
L'histoire est assez simple puisqu'il s'agit de la vie des humains futurs dans une galaxie peuplée de plein d'extra-terrestres qui ont parfois plusieurs millions d'années d'existence.
Là où c'est remarquable, c'est que les humains n'ont pas de race astro-pérégrine patronne.
Pour être plus claire, les animaux chez qui les E.T. détectent un début d'intelligence sont "élevés" génétiquement vers la sapience pour ensuite servir, dans un régime de demi-esclavage, la race qui les a élevée.
Les humains ont découvert le voyage dans l'espace tout seul, ce qui les exonère de servir une race d'E.T. pour quelques siècles et ils ont, en outre, déjà des "clients" : les chimpanzés et les dauphins, respectivement néo-chimps et néo-dauphins, génétiquement modifiés pour avoir le don de la parole.
Que les humains aient obtenus ce droit exorbitant n'est pas du goût de tout les E.T. qui vont mener une guerre larvée aux humains et à leurs alliés.
D'autant que les humains ont considérablement assoupli leur régime de "clientèle", ce qui suscite quelques haines religieuses chez des E.T. intégristes.
C'est touffu (il y a beaucoup de personnages mais on s'en sort sans difficulté), dense, drôle et fichtrement bien écrit et traduit.
Mon préféré est "Élévation".

Bonne et saine lecture.

Le Maître des Bouviers.

ouais ca va dessin

Par Le maître des Bouviers
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus