Vendredi 25 décembre 2009 5 25 /12 /Déc /2009 17:21

Depuis la mort de ma tante Maryse Scheffer, je suis le dernier héritier de la branche strasbourgeoise de la famille.

Une famille qui n’a compté qu’un seul membre illustre : Johannes Scheffer, philologue et archéologue, qui, en 1647 a publié un ouvrage qui eut, en son temps, un certain retentissement parmi les intellectuels d’Europe :

« Regionis Lapponum et gentis nova et verissima descriptio in qua multa de origine, superstitione, sacris magicis, victu, cultu, negotiis Lapponum, item animalium, metallorumque indole, quae in terris eorum proveniunt, hactenus incognita produntur, & eiconibus adjectis cum cura illustrantur »,

et que l’on peut traduire, pour ceux qui ne maitrise pas le latin, par :

« Histoire de la Laponie, sa description, l’origine, les mœurs, la manière de vivre de ses habitants, leur Religion, leur Magie & les choses rares du pays. Avec plusieurs additions & augmentations fort curieuses, qui jusqu’ici n’ont pas été imprimées. ».

 

Depuis l’oncle Scheffer, comme aimait à l’appeler ma tante Maryse, nous n’avons rien fait d’autre que vivre dans la vénération de ce bon tonton qui eut le courage d’affronter les régions polaires pour décrire des populations à peine évangélisées.

Il eut un certain succès grâce à cette somme puisque Sa Majesté le roi de Suède le nomme, en 1648, professeur skytteanus d’éloquence à l’Université d’Uppsala ; poste qu’il occupe jusqu’à sa mort en 1679.

 

Heureusement pour nous, ses descendants, il eut aussi un certain sens du commerce puisqu’il établi ses deux fils qu’il eut avec une blonde finlandaise, Regina Loccenia, dans ce que nous appellerions aujourd’hui, l’import-export. L’un à Oslo, l’autre à Strasbourg, ils échangent, grâce à un service de caravanes efficace, les produits du grand Nord contre les produits de l’Empire Germanique.

Chacun à un bout de la chaîne, ils prélèvent leur dîme et deviennent richissimes.

Plus de trois siècles plus tard nous continuons de vivre sur les rentes de l’immense fortune des frères Scheffer.

 

Bien sûr l’invention des taxes diverses et de l’impôt sur le revenu ont un peu écorniflé le capital amassé, mais les intérêts versés des placements de père de famille me permettent de mener une vie de petit bourgeois oisif, sans dépenses somptuaires certes, mais largement.

D’autant plus largement que j’ai hérité de ma tante (elle n’avait pas d’enfants) la part de la fortune de la branche française.

Branche qui se résume à… moi. J’ai encore quelques vagues cousins en Finlande mais que je ne connais pas.

 

Dans l’héritage, outre les Bons du Trésor, il y avait cet hôtel particulier avenue des Vosges.

Je décidai bien vite de m’en séparer ; 300 m² d’un style néo-classique fin XVIIIème ne convenait guère à mon style de vie et l’idée de vivre dans les meubles de ma tante ne me plaisait pas.

Sur les conseils du notaire chargé de la succession, j’entrepris de dresser l’inventaire des biens meubles de « l’hôtel Scheffer » avec le secret espoir que leur vente paierait les droits de succession.

Le plus ardu fût de vider et d’inventorier les greniers de la vénérable bâtisse.

Vieilles fripes tellement démodées que même les chiffonniers n’en voulurent pas, vielles armoires et dessertes vermoulues, disques de cire ébréchés…

Un capharnaüm invraisemblable sous des siècles de poussières et de toiles d’araignées.

Exténué, fourbu, courbatu par ce travail de titan dans un grenier bas de plafond, je décidai de louer une benne pour que les services de la voirie me débarrasse de tout ce fourbi.

 

Ce jour là, dans le grenier éclairé par une misérable ampoule qui avait dû connaître Thomas Edison, je m’assis ruisselant sur une vieille cantine militaire et m’épongeai le front de la manche d’un vieux t-shirt.

Comment peut-on accumuler autant de choses ? Et surtout, une fois qu’ils sont cassés ou ont cessés de plaire, pourquoi les garder ?

J’en étais là, dans mes réflexions, quand je m’avisai que j’étais bel et bien assis sur une… cantine militaire.

Personne dans la famille n’avait jamais été militaire autrement que conscrit et, que je sache, les conscrits rendent leur paquetage à la fin de leur service.

Je me levai et cherchai, sur cette mystérieuse cantine, un indice, une indication qui pût m’indiquer son défunt propriétaire.

Je trouvai. Sur un des cotés était gravé : « Lt. T. Scheffer ».

Lieutenant Scheffer ? T ? Théophile ? Thierry ?

Je n’ai guère la fibre familiale, encore moins généalogique, mais je me serais souvenu d’un aïeul militaire de carrière.

Je tentai alors d’ouvrir la cantine, la rouille avait soudé la tige métallique qui la fermait. Passablement intrigué, je la frappai fortement de la paume de la main et m’écorchai vilainement.

Je descendis du grenier pour me bander la main et me munir d’un marteau.

Grâce à l’instrument et après quelques efforts, je parvins à ouvrir l’infernale cantine.

Elle était pleine, mais pas d’effets militaires.

Loin de là !

 

Des vêtements chauds, des fourrures, une paire de bottes de montagne, un piolet, une peau de phoque ( !), des caleçons longs, des grosses chaussettes et une grande boite d’acajou, le couvercle marqueté d’un motif animalier : un gros ours à la langue pendante et aux griffes sorties, la tête basse, en train de charger peut-être.

 

Je l’ouvris sans peine, il n’y avait pas de serrure.

 

Un paquet de lettres entourées d’un ruban bleu. Un vieux livre. Une sorte de parchemin de peau usé. Un carnet de moleskine noire.

 

Les lettres étaient toutes adressées à T. Scheffer, en poste restante à Franceville. (Au Congo ?) Des lettres d’amour à cette ancêtre et signées H. G. de la V.

Je reconnus le livre à son titre : « Histoire de la Laponie » de Jean Scheffer, édition française de 1678 cachetée du libraire : « Veuve Olivier de Varenne, Paris ».

L’édition française du livre de l’oncle Johannes !

Un in-quarto introuvable et inestimable.

Les droits que je devais verser au fisc étaient couverts grâce à ce livre.

Mais pourquoi diable ma tante Maryse, qui vénérait l’oncle Johannes, n’avait pas placé ce titre dans la bibliothèque à la gloire de l’ancêtre ?

De plus en plus intrigué, je déroulai le parchemin de peau grise (de quel animal ?), la surface était huilée et avait gardé sa souplesse malgré son ancienneté manifeste, dessus était calligraphié un texte de runes étranges, ni latines, ni hiéroglyphiques, ni cyrillique.

Incapable de le déchiffrer, je le délaissai.

J’ouvrais le carnet de moleskine.

C’était une sorte de carnet de travail en vue d’une rédaction ultérieure plus soignée, un brouillon.

Ce T. Scheffer, inconnu de moi, avait-il eu des velléités de gloire littéraire ? Voulait-il être le Johannes de son temps ?

Les pages étaient pleines d’une écriture serrée.

Sur la première ces quelques mots :

«  Ce que m’a dit le Grand Chaman d’Ohtsejokha. », et une date : 9 décembre 1913.

Dévoré de curiosité, la main bandée, dans la pénombre de ce grenier, j’entamai ma lecture :

 

Ce que m’a dit le grand Chaman d’Ohtsejokha.

9 décembre 1913

 

Quand il y a eu le grand froid, quand l’air même a gelée, le Grand Homme Rouge est venu nous voir.

Dans le sud, c’était un très grand Chaman pour les enfants.

Il voulait faire des cadeaux mais il ne savait pas comment faire.

Alors nous l’avons aidé.

Nous lui avons construit une grande hutte pour sa fabrique de jouets.

Il avait beaucoup de petits Hommes qui fabriquaient ces cadeaux, ils travaillaient toute l’année. Les chamans de mon peuple ont créé une forêt qui ne s’épuisait jamais, on pouvait abattre les arbres pour avoir du bois pour les jouets et il y avait toujours des arbres.

Mais le Grand Homme Rouge avait un problème. Comment faire pour distribuer tout ces jouets à tous les enfants de la terre ? En une seule nuit ! La nuit anniversaire où un autre grand chaman du Sud, encore plus au sud, était né, il y a longtemps quand, dans le sud, il y avait encore le Grand Empire des Spqr.

 

Alors, nous, les Saamis, sommes allés voir le Grand Renne, celui qui vit

au-delà des grandes murailles de glace, là où souffle le Grand Vent du Nord, celui qui gèle l’homme qui ment et qui vole.

Nous nous sommes prosternés devant lui, car son peuple nous permet de manger de la viande et d’avoir des vêtements, et nous lui avons dit :

« Ô Grand Renne, le Grand Homme Rouge a besoin de quelques-uns de tes fils pour tirer son traineau et faire le tour du monde en une seule nuit pour apporter des cadeaux à tous les enfants de la Terre. »

Le Grand Renne nous a dit :

« Je vous confie huit de mes plus valeureux fils : Tornade, Danseur, Furie, Fringuant, Comète, Cupidon, Éclair et Tonnerre. Ils tireront le traineau du Grand Homme Rouge en volant plus vite que le vent. Ils feront le tour de la Terre des Hommes depuis les glaces du Nord jusqu’aux sables brulants du Sud mais ils devront revenir quand cinq cent hivers se seront écoulés. Alors, vous mes amis les Saamis, devront chercher d’autres valeureux serviteurs capables d’accomplir cet exploit. Je doute que vous en trouviez. »

Nous retournâmes annoncer la bonne nouvelle au Grand Homme Rouge et pendant cinq cent hivers les fils du Grand Renne ont tiré le traineau en volant au-dessus des terres.

 

Le dernier hiver, les fils du Grand Renne sont partis rejoindre le Grand Nord après une dernière tournée.

Le Grand Homme Rouge les a remercié et leur a dit qu’ils seront toujours ses amis.

Le Grand Homme Rouge est venu nous voir et nous a dit :

« Saamis ! Après cinq cent hivers, il est temps de partir à la recherche de nouveaux animaux fabuleux pour tirer mon traineau, il faut que d’ici un an vous les trouviez. Si avant fin de l’année vous ne les avez pas trouvés, les enfants des Hommes n’auront pas de cadeaux et j’aurais alors failli à ma mission. »

Nous partîmes alors en quête.

 

Nous avons d’abord rencontré le Grand Loup Blanc, qui nous dit :

« Je ne peux pas vous offrir ce service, mes fils et les fils de mon cousin, le Grand Loup Noir, font peur aux enfants. Nous avons essayé de dire aux Hommes de ne pas avoir peur, mais ils ne nous croient pas. »

 

Nous avons rencontré la Grande Baleine, qui nous dit :

« Je ne peux pas vous offrir ce service, mes fils nagent vite, ils peuvent faire le tour de la Terre plus vite que vous le tour de votre maison, mais ils ne volent pas. »

 

Nous avons rencontré le Grand Aigle, qui nous a dit :

« Je ne peux pas vous offrir ce service, mes fils volent plus vite que n’importe qui mais, à cause de leurs ailes, on ne peut leur mettre de harnais pour tirer le traineau du Grand Homme Rouge. »

 

Loin, très loin à l’Est, nous avons rencontré le Grand Tigre, qui nous a dit :

«  Je ne peux pas vous offrir ce service, mes fils perdent le pouvoir de voler quand il fait froid. »

 

Loin, très loin au Sud, nous avons rencontré le Grand Éléphant, qui nous a dit :

« Je ne peux pas vous offrir ce service, mes fils sont trop lourds, quand ils atterriront sur le toit de la maison des Hommes, elle s’écroulera. »

 

Nous avons rencontré la Grande Fourmi, qui nous a dit :

« Je ne peux pas vous offrir ce service, il faudrait des milliards de mes fils et je n’en aurais plus pour construire nos maisons. »

 

Nous étions désespérés et nous avons décidé de rentrer chez nous pour dire au Grand Homme Rouge que nous n’avions pas trouvé de remplaçants aux rennes.

 

Pour revenir vers le Grand Nord, nous sommes passés par un pays étrange aux hautes montagnes neigeuses où de gros animaux à cornes donnaient du lait dont les habitants faisaient du fromage.

Nous dormions dans une maison, au pied d’une montagne, qui abritait ces gros animaux à cornes, quand on nous réveilla :

« Qui êtes-vous, qui troublez le repos du troupeau dont j’ai la garde ? »

C’était une sorte de loup, mais plus gros, les yeux bruns et la robe tricolore : noire, blanche et brune. Noire sur le corps, blanche sur le poitrail, sur le museau et sur le bout des pattes, et brune sur les pattes et au-dessus des yeux.

« Nous sommes des Saamis et nous cherchons des animaux très braves et très robustes pour tirer le traineau du Grand Homme Rouge. Mais nous avons échoué dans notre quête et les enfants des Hommes n’auront plus jamais de cadeaux. »

« C’est fâcheux. », dit le Grand Bouvier Bernois, car c’était lui.

 « Cela ne sera pas ! »

Nous lui demandâmes s’il connaissait des bêtes amies des Hommes, capables d’accomplir ce prodige car la plupart des animaux en était incapable.

« Bawaouf ! » dit-il « Bien sûr ! Les Bouviers Bernois sont capables de faire cela ! Et plus encore ! »

Le Grand Bouvier Bernois choisit parmi ses filles les plus intrépides, les huit qui nous accompagneraient jusque dans le Grand Nord.

Il y avait : Taïga, Troïka, Joséphine, Amandine, Tonnante, Grondante, Riesling et Gewurzt.

« Pour vous prouver, dit le Grand Bouvier Bernois, que mes filles sont plus fortes et plus rapides que des rennes, j’offre au Grand Homme Rouge ce traineau armorié aux couleurs des montagnes Bernoises dont nous sommes et demeurerons à jamais les maîtres. »

 

Jamais un traineau n’alla aussi vite que celui-ci, il fendait les cieux si rapidement qu’il était difficile de le suivre des yeux.

À notre arrivée, le Grand Homme Rouge était ravi. Il accueillit les Bouvières Bernoises avec effusion et remerciements.

« Bawouaf, dit Joséphine, c’est vous le Grand Homme Rouge ? »

« C’est moi ! »

« Je suis heureuse de vous aider dans votre tache mais il faudra nous changer les harnais, mon père le Grand Bouvier Bernois n’a jamais fait attention à la mode et mes sœurs et moi souhaitons briller de mille feux quand nous volerons au-dessus de la Terre. »

« Fort bien. Vous aurez vos nouveaux harnais. »

C’est ce que les petits Hommes firent : des harnais si beaux, si précieux, si étincelants que la nuit elle-même en avait peur.

Le matin de sa tournée, le Grand Homme Rouge appela les Bouvières Bernoises qui arrivèrent en sautant de joie dans la neige :

« Taïga ! Troïka ! Amandine ! Tonnante ! Grondante ! Riesling ! Gewurzt ! J’ai vos nouveaux harnais ! Voyez ! Tout ornés de rubis et de diamants. »

Toutes elles les essayèrent avec ravissement.

Joséphine boudait parce qu’il n’y en avait pas pour elle.

« Et moi, Grand Homme Rouge ! Je n’en ai pas ? »

« Bien sûr que si ! »

 

Et le Grand Homme Rouge sortit de son immenses poche un harnais plus beau encore que les autres, de saphirs et de pierres de Lune.

« Spécialement pour toi, dit-il avec un grand sourire, parce que tu es la plus coquette.

Regarde, Joséphine, le beau harnais ! »

Par Le maître des Bouviers
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Dimanche 13 décembre 2009 7 13 /12 /Déc /2009 11:27
(...)
J'entends déjà, ou encore, le choeur sanglotant et larmoyant des tenants de l'approche pragmatique et vaguement populiste (de droite ?), de la simplification de la grammaire.
Et pourquoi pas, disent-ils, la langue française est un brouet sans logique, sans cohérence,  d'exceptions à la règle, d'accords du participe délirants, de pluriels incompréhensibles sur des noms composés.

Je m'autorise à dire à ces pisse-froid, à ces jean-foutre, que, précisément la beauté de notre langue réside là-dedans, dans ce joyeux foutoir plein de folie. Et je préfère la folie, même furieuse, au conformisme.
Que veulent-ils, un idiome sans relief, sans goût, sans accents ? Ils sont à la langue ce que le fast-food est à la gastronomie.

Simplifions ! Simplifions !

Chiche !
Vous connaissez tous la fable de l'inoxydable Jean de La Fontaine (dit Jeannot les Grands Panards), le corbeau et le renard :

Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l'odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :

Hé, bonjour, Monsieur du Corbeau,
Que vous êtes joli, que vous me semblez beau,
Sans mentir, si votre ramage
se rapporte à votre plumage

Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois
Etc.
 
Vous êtes prêts, accrochez-vous à vos bretelles, voici ce que ça donne :

Mètr Corbo, sur un arbr pèrché,
Tenè en son bec un fromaj.
Mètr Renar, par l'oder aléché,
Lui tin a peu prè se langaj :

É, bonjour, mesie du Corbo,
Ke vou èt joli, ke vou me senblé bo,
Sen mentir, si votr ramaj
se raport a votr plumaj

Vou èt le fénix des ot de cé boi

C'est insupportable ? Vous avez raison. Et encore j'ai gardé certaines conventions comme la ponctuation. Très importantes les virgules en littérature. Faites donc la différence entre : "Messieurs, les Anglais, tirez les premiers !" et Messieurs les Anglais, tirez les premiers !"
Dans le premier cas l'officier commandant la troupe veut la victoire, dans le second c'est un con.

Doit-on pour autant, concernant la grammaire, stigmatiser ceux qui ne la maîtrise pas ? Qui d'ailleurs en France la maitrise sur le bout des doigts ? Pas grand monde, y compris à l'Académie Française. Le vainqueur, toutes catégories confondues, de la dictée du regretté Pivot était souvent un étranger.
S'il fallait confirmer dans leur nationalité les bons Français de France, de souche, pas trop foncés, qui ne font ni bruit ni odeur, en leur faisant passer les tests de français que veut faire passer M. Besson aux demandeurs de la nationalité (pour les demandeurs d'asile c'est d'ores et déjà rapé ! Ils sont dans des charters direction des pays en guerre.), il n'y aurait plus en France que les prof de Lettres.
Et encore.

Bien sûr qu'il ne faut pas culpabiliser ceux qui ne maîtrise pas la langue, ce n'est pas leur faute. Mais il faut reconnaître qu'il existe des handicapés linguistiques, des culs-de-jatte orthographiques, des aveugles grammaticaux. Il en est même qui ne savent pas lire du tout. Et ça ne déclenche pas des tonnerres d'indignation ! On n'organise pas de débat national sur le sujet, on préfère gloser à l'infini sur l'Identité Nationale dont les remugles sont délétères à force d'être nauséabonds !
Cela me dépasse.

Je ne suis pas militariste (je suis assez vieux néanmoins pour avoir fait mon Service Militaire) mais, du temps de la conscription, les illettrés et les analphabètes étaient repérés et envoyés, le temps nécessaire, à l'instruction (sous la férule d'un adjudant le plus souvent idiot) et en sortaient en sachant lire.
Mal peut-être mais ils savaient !

Vous imaginez-vous votre vie si vous ne saviez pas lire ? Essayez voir et vous constaterez que c'est infernal.

(...)

Par Le maître des Bouviers
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Dimanche 13 décembre 2009 7 13 /12 /Déc /2009 04:25
Avez-vous constaté, ô lecteurs assidus, combien, depuis quelques années, il y a comme une frénésie du "bien parler" et du "bien écrire" alors que dans le même temps les cassandres professionnels nous promettent, à grand renfort des statistiques édifiantes sur l'état de déliquescence de nos chères têtes blondes (ou de toute autre couleur de cheveux qu'il vous plaira d'imaginer) en la matière, la mort prochaine de notre idiome commun.

Autant vous le dire tout de suite : je fais de phôtes de frassaies si aiphroyabes keu mon défin profe de laitres en mourrè danlinsse tant.
Mais par la grâce de Monsieur Microsoft, nous disposons tous d'un outil de correction épatant qui nous signale, impitoyablement, nos fautes de grammaire et nous suggère d'y remédier même s'il m'est arrivé de le prendre en défaut .
Il faudrait que ce bienfaiteur de l'humanité (Monsieur Microsoft) inventât un logiciel de correction pour le langage parlé, nous y reviendrons plus loin avec le florilège de ce qui m'écorche les oreilles.

je dois vous faire un aveu : le sujet est si vaste, les polémiques si nombreuses, les avis si partagés, l'opinion que nous pourrions nous forger, si changeante au gré des arguments contraires qu'il me faudra sans doute plusieurs articles, aussi bien troussé que celui-ci, pour faire le tour de la question.

Le français parlé et écrit est une sorte d'objet mal défini, si mal défini qu'on ne sait par quel bout le prendre.
Nous avons tous, lors de déjeuners dominicaux et familiaux, passés des heures à discuter de la chose sans pour autant nous défaire du sentiment qu'a une poule devant une fourchette.

Je m'en vais donc ("je m'en vais ou je m'en va ; les deux se disent ou se dit !", disait cette adorable vieille ganache de Voltaire) tenter de défaire cette infernale pelote en vous parlant de deux petits livres qui éclairent, un peu, notre entendement.

D'abord :

"La grammaire, c'est pas de la tarte"
Sylvie Prioul et Olivier Houdart
Éditions du Seuil
13,78 €

et :

"Particularités et finesses de la langue française"
Pascal-Raphaël Ambrogi
Éditions 10/18
environ 7 €

Le premier est un ouvrage très amusant, didactique néanmoins, sur le français qui, une fois lu, d'une traite et en une nuit pour ma part, vous laisse comme euphorique et déterminé à ne plus faire de fautes.
Il se compose de différents chapitres qui permettent de survoler le français dans sa globalité : les origines historiques, les écueils courants et l'évolution.
Jugez plutôt :
- La naissance du français
- Masculin, féminin
- Singulier, pluriel
- L'accord du participe
- La majuscule
- Écrira-t-on bientôt comme on parle
- l'orthographe

L'on se rend compte grâce à ce bouquin que notre belle langue, si pure, si parfaite, si élégante, n'est rien d'autre qu'un immense bazar où tout le monde, depuis son invention, a voulu mettre son grain de sel au risque, constaté aujourd'hui, que absolument plus personne n'y comprenne rien, y compris les linguistes et les académiciens français à qui je voue une admiration sans bornes, notamment Jeannot.
Le chapitre sur l'accord du participe est un monument et le dernier chapitre (sur l'orthographe) m'a remis en mémoire l'astuce dont j'usais, comme nous fîmes tous, lorsque je devais, en classe, faire une dictée : le pâté sur un mot dont l'orthographe m'échappait.
Malgré cela, et sans surprise, je me récoltais une bulle ! La terreur qui nous nouait les entrailles lorsque le prof disait : "Dictée surprise !", dans son oeil l'éclat salace du sadique et sur ses lèvres la bave luisante du plaisir anticipé de la correction. Il m'en arrivé, je vous jure que c'est vrai, de quérir la permission d'aller aux toilettes pour vomir de peur.

Le deuxième est beaucoup plus conservateur, dans le fond et dans la forme parce qu'écrit par un sénateur UMP (personne n'est parfait).
Il se présente sous la forme d'un dictionnaire de mots qui posent problème et nous ordonne d'user des règles immuables et sublimes du français. C'est un peu moins drôle (pas du tout en fait) mais c'est une somme, on apprend une quantité de choses comme le genre de "gens" par exemple qui m'a permit, il y a peu, de briller dans un dîner où était présent le Nonce Apostolique et sa Noncette.
La lecture est un peu rébarbative mais, après tout, personne ne lit le dictionnaire comme un roman.
Un exemple ? Voici. Vous rencontrez, lors d'une soirée, une belle qui vous tourneboule les sens. Elle, fatalement aveuglée par l'alcool, vous permet quelques privautés. Vous souhaitez conclure et pécho. Pour cela vous lui faites parvenir un poulet ainsi rédigé : "Ma mie, votre beauté et votre charme ont conquis mon coeur. J'aimerais croire pouvoir devenir votre chevalier blanc, votre Lancelot aux intentions pures et vertueuses (N.d.A : tu parles, Charles ! C'est de la baise que tu veux. Vicieux !). J'aimerais que vous acceptassiez mon hommage ce soir, sur votre balcon, si vous consentez que je vous offre une mienne aubade, de dessous votre balcon.".

Pas mal, hein ? Et même un imparfait du subjonctif.

Et que vous répond la belle aux formes tentatrices et plantureuses ?
Ceci : "Nenni, trouduc ! Vous aurez les miennes miches quand vous userez d'un langage par moi intelligible, ducon !".
Mortifié, abattu, les sens chauffés et insatisfaits, vous vous pendez de dépit.

Mais pourquoi, ô maître des Bouviers omniscient ? Vous dites-vous.
Parce qu'une aubade se chante... à l'aube. Et une sérénade... le soir.
 
Voila ce que l'on trouve dans ce livre de poche, avouez que ça peut servir.

Bref, pour rentrer dans la vif du sujet, chacun, et moi le premier, peut se demander à quoi bon faire des efforts quand un linguiste aussi distingué que Claude Hagège (qui a écrit je crois un "Dictionnaire amoureux des langues"), qui parle une douzaine de langues, qui aurait sa place à l'Académie et qui se permet, sur une grande radio nationale et d'Etat, de dire, aux oreilles de millions de personnes :"Je m'excuse.".
Et ce plusieurs fois.
Ma sainte maman, quand j'usais de cette forme fautive me reprenait (j'avais deux ans) en me disant : "On ne s'excuse pas soi-même de la bêtise que l'on vient de commettre. Mais JE t'excuse de la bêtise d'avoir cassé le vase en porphyre rouge de la tante Léonie et de ta faute de français.".
Monsieur Hagège, qui, cependant, garde toute mon estime, aurait dû dire : "je vous prie de m'excuser." ou "Pardonnez-moi.".
Même la formule "Faites excuses." si faussement élégante par sa désuétude est mal à propos utilisée par les pédants ; "Faites excuses de vous déranger.", disent-ils dans le cornet du téléphone quand ils veulent me vendre des moulins à café à vapeur de fabrication malgache. Ce à quoi je réponds invariablement : "Pardonnez-moi votre incorrection et vos fautes de français.", ils sont alors si transpercés de honte, si subjugués par ma pertinence qu'ils tombent en syncope ou dans le coma.

Bien fait !

À quoi bon, donc.
Oui, c'est vrai.
À quoi sert de savoir que charrette prend deux "r" et deux "t" alors que chariot un seul de chaque.
À quoi sert de savoir qu'un cuisseau de veau est la même pièce de boucherie qu'un cuissot de chevreuil mais pas la même orthographe.

La réponse évidente est celle qui je donnais à la question de l'épreuve de philo du bac : "À quoi sert la littérature ?" : à rien. (17/20, j'ai néanmoins développé)

À rien sinon à le savoir et, le sachant, éprouver une grande satisfaction purement égoïste.

(...)
Par Le maître des Bouviers
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Samedi 12 décembre 2009 6 12 /12 /Déc /2009 20:52
Le symbole perdu
Dan Brown
Aux éditions JCLattès
21.76 €

Entre lui et moi, c'est une longue histoire
.
Une histoire palpitante d'armoire normande.
Que je vous explique.
Il y a de cela quelques années, nous eûmes, ma famille et moi, à déplorer la mort de notre tante Léonie.
Vieille dame charmante et quelque peu moustachue qui nous faisait, alors qu'enfant encore je passais quelques jours de vacances chez elle en compagnie des miennes cousines, des goûters de chicorée soluble Leroux et de tartines de saindoux.
À son décès, qui survint à sa cent-deuxième année, nous la pleurâmes, tellement nous étions attachés à elle, mais pas au point de la conserver dans du formol, donc nous l'enterrâmes avec toute la pompe qui sied à ce genre de cérémonie.
Nous fûmes convoqué chez un notaire chenu et ergotant pour l'ouverture de son testament ; j'héritai d'une armoire normande de 650 kg fort laide et bancale.
Quelque peu désargenté à cette époque là de ma vie et disposant d'un appartement plus petit que l'armoire, je demandai à mes parents de cogner cet hideux meuble dans leur garage le temps nécessaire pour me faire une carrière et un compte en banque.
Car je ne voulais, malgré la répugnance que me procurait la vue de cette armoire, me séparer du legs de ma tante Léonie en souvenir des goûters d'antan et des yeux que le saindoux faisait dans la chicorée fumante.
Or donc, quelques placements judicieux, dans les mines d'amiante du Tokin, me permirent de m'offrir un mas provençal où j'aime à passé les quatre mois d'été nécessaires à mon ressourcement annuel.
J'y suis présentement, le feu ronfle dans l'âtre, mes chiens ronflent aussi à mes pieds, le verre de romanée-conti 1961 brille d'un éclat grenat à coté du clavier, le mistral souffle dans la ramure des arbres dénudées.
Dans le salon trône l'armoire normande de la tante Léonie, je me suis fait à sa laideur car elle fait fuir les importuns
L'armoire normande de la tante Léonie est bancale.
Il y a de cela quelque années, aussi, sur les conseils d'une amie qui ne l'est plus depuis, j'achetais et lisais le premier volume de cette désormais trilogie qu'est : "Le da Vinci Code", "Anges et démons" et, maintenant, "Le symbole perdu".
Horreur !
Épouvante !
Que je vous le dise tout de go : cette trilogie est une des pires choses que j'ai jamais lue, exception faite de l'annuaire téléphonique ou le mode d'emploi de ma tondeuse à gazon.
Ce monsieur Brown a une façon bien à lui d'écrire : pas la bonne.
Des chapitres de trois pages. Des rebondissement téléphonés. Des personnages fades et inconsistants. Une syntaxe défaillante. Une exploitation minable des pires mythes populaires. L'ignorance des autres temps que le passé simple ou l'imparfait.
Il faudrait que les écoles d'écriture étasuniennes (d'où sort ce monsieur) enseignassent autres choses pour séduire le lecteur que de le balader aux quatre coins du monde (sans raisons) à 250 à l'heure.
La lecture de ce livre (Le symbole perdu) laisse un sentiment de satiété, mais comme si vous aviez ingurgité un demi-kilo de beurre rance en guise de dîner.

Quel rapport avec l'armoire de la tante Léonie ?
Simple.
Le "Da Vinci Code" cala un pied mais l'armoire était toujours bancale.
"Anges et démons" cala un deuxième pied mais l''armoire était toujours bancale.
Le "Symbole perdu" a calé un troisième pied mais l'armoire est toujours bancale.
Je vais devoir attendre un an ou deux pour que la chère tante Léonie retrouve son assise avec le dernier (j'espère !) opus de ce monsieur, qui n'est écrivain que parce qu'il sait aligner des mots mais n'a point de lettres ni d'esprit.

Si vous voulez vraiment lire un bouquin qui traite d'occultisme, de sectes, de sociétés secrètes et de trésors perdus, je vous recommande, parce que c'est un bon petit livre :

"Le secret de l'abbé Saunières" de Jean-Michel Thibaux, en poche. Chez les bouquinistes en ligne.

Je l'ai lu il y a plus de vingt ans et j'en garde un excellent souvenir.

Le maître des Bouviers.

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Par Le maître des Bouviers
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